[Imp. A, 140a]

Cy commence le huytiesme livre des Actes des Apostres.


Ananyas
commence Or mes amys, je vous advise, quant je y ay bien ma veue mise, que la court Cesaree eslys et voy là le prevost Felix en son tribunal. Or allons par devers luy et luy parlons que chascun de nous s'en descharge.
Acar
Tertulus, qui en a la charge pour nous, Paul interroguera et la demande alleguera que nous avons à maintenir.
Tertulus
Contens suis de la soustenir et tout ce qu'à faire tenons, tousjours l'ung l'autre soustenons selon ce qu'on alleguera.
Avy
Selon qu'on l'interroguera, pour respondre autre je n'eslys que vous.
Tertulus
salue Felix Sire prevost Felix, en tout honneur Dieu vous accroisse. Pour la loy que desbrise et froisse, ung enchanteur appellé Paul, ung seducteur, ung demy fol, comme par devers vous venus de par les grans et les menus habitans de Hierusalem.
Ananyas
Felix, Dieu vous gard, nous vous prions que ayez regard selon que touche ce mistere.
Tertulus
Tant que touche nostre matiere et le droict que nous y querons, des ceste heure nous requerons comme habitans de la cité estre par devant vous cité Paul à respondre à la demande que ferons.
Felix, prevost de Cesaree
Ainsi le commande, scribe, faictes le nous venir au pretoire pour soustenir. Luy produict devant messeigneurs ce qu'il pretend dire contre eulx sans y avoir plus attendu. Se mon tribunal n'est tendu, pardonnez moy, mes bons amys, voyez ainsi qu'on le m'a mis non attendant vostre venue.
Ananyas
Soit nostre cause soustenue, d'autre rien ne nous soucions.
Acar
Prevost, à nostre survenue soit nostre cause soustenue.
Hamory
Pour rente ne pour revenue perdre ainsi ne la laisserons.
Felix, prevost
Sus ! messeigneurs, or nous seons tant que noz gens soient venus.
Le scribe de Cesaree
parlant à Paul Paul, or sont ceans survenus de Hierusalem une somme de gens qui vous font citer, somme et pour respondre à leur demande.
Paul
Ce que la justice commande ne doit le juste reffuser. De termes de raison user est chascun vray homme tenu.
Le scribe
Messeigneurs, voicy Paul venu en la presence de vous tous.
Felix
Ça, voicy place, seez vous. Scribe, oyez tout ce qu'on demaine.
Lucas, disciple
Voyla Paul, qu'au pretoire on maine pour quelque chose publïer.
Tytus
Jesus, ne le vueille oublïer allons ouÿr qu'on luy dira.
Ananyas
Jamais Paul ne contredira à ce sur peine de m'occire declarer le cas.
Tertulus
Felix, sire, si comme de vray nous sçavons, que soubz toy en grant paix vivons. [140c] et sont plusieurs grans maulx pugnis par la justice ou tu fournis et la prudence de ton corps, aussi que bien sommes recordz que tousjours sommes bien receuz de toy, et sans estre deceuz et toy non corrompu par dons. Bon, Felix, graces te rendons, saches sans l'avoir controuvé que cestuy homme avons trouvé veneneux en additïons mouvant par ses seductïons Juïfs par l'universel monde, par l'erreur qui en luy habonde, et est patron et accroisseur et de tout ce peuple est bien seur d'aucuns plusieurs Nazariens par luy mesmes qui varie ens la matiere que à eulx prononce selon celle erreur qu'il annonce, et s'efforce de violer le temple, il fault le reveler et celluy cas bien debatu. En ce l'aurons prins par vertu voyant nostre loy dommager pour selon icelle juger een toute raison sa personne, et touchant celle erreur qu'il sonne au peuple et à tout le commun. Lors vint Lysias, le tribun, qui à force le nous osta par aucun qui luy enhorta doubtant que par nous n'eust chastoy. Nous commandant venir à toy, par quoy pourras estre informe de cestuy cas faict et forme de ce dont l'accusons icy.
Acar, Avy, Hamory, Ananyas, Millon
tout ensemble Sire prevot, il est ainsi, ja n'y fault avoir debatu.
Felix, prevost
Appaisez vous, que respondz tu ? Que ta bouche ton cas recense ?
Paul
S'il vous plaist que j'aye licence de respondre, je leur diray verité, et ne mesdiray si vostre puissance l'ordonne.
Felix, prevost
Or respondz, licence te donne sur ce, comme Tertulus cause, toy mesmes compteras ta cause.
Paul
[140d] Seigneur, pas ne te desplaira moy sachant que plusieurs ans a que tu es de ce peuple juge ; cil qui en la justice juge, en toy de ce je me fieray et à leurs dictz satisferay. Tu sçais t de vray doys sçavoir que douze jours y a pour voir que veulx au chemin labourer pur en Hierusalem aorer et ainsi m'y suis esprouvé. Or est vray qu'ilz ne m'ont trouvé en nul lieu erreur commettant, ny en leur temple disputant à cachette n'y a l'emblee en faisant aucune assemblee du peuple, n'en leurs synagogues des causes, dont tu m'interrogues n'en la cité ne s'en excusent pour prouver ce dont ilz m'accusent dont le contenu revellon. Bien te confesse que selon la secte qu'on dict heresie à ce peuple tres bien choysie ou que soyons de lieu en ieu. Et je sers à mon Pere et Dieu qui a faict la nouvelle foy croyant comme le voy et loy et selon que les sainctz prophetes en ont les escriptures faictes, ayant ma parfaicte fïance, mon intentïon sans doubtance, et du tout mon affectïon est croire resurrection que les bons et mauvais attendent. Et ainsi au vray qu'ilz l'entendent à ce te mectz mon estudie pour qu'à tout erreur remedie pour avoir nette conscïence à ce j'applicque ma scïente pour tout peché desrompre et fendre. Et moy garder de Dieu offendre et les hommes pour verité. Voyla pourquoy m'ont reputé estans en ceste frenaisie ; et encontre moy ceulx d'Asie et m'en veullent ung mal ortel, et ja me vouldroient mort et tel pour que soustiens d'affectïon des mors la resurrectïon, et voyla que je vous respondz.
Ananias
Nostre loy ja ne corromprons, pour rien que cest enchanteur die, [141a] mais vous prions qu'on remedie à ce pourquoy je suis venu.
Felix
De vostre mot m'est souvenu : ne pensez qu'en rien vueille rompre la vostre loy ne me corrompre, pas ne suis tel, et au surplus je vous pry, ne blasphemez plus homme qui soit en jugement par devant moy, car nullement n'appartient à aucun que Paul en ma presence on nomme fol, car je congnois qu'il peult mesprendre et sçay bien qu'il est à reprendre : de ce rien vous ne m'apprendrez. Et pour tant si vous attendrez que Lysias vostre tribun cy vienne ou de par luy aucun, et quant devant moy le verray en sa presence vous orray. Or sus ! scribe, Paul reprenez et en son lieu le remenez, et vueil vous et chascun ministre des miens tout ce luy administre que necessité luy fera, autrement pour lors n'en yra. Et voyla ce que j'en ordonne, et à tous licence vous donne de retourner en la cité.
Tertulus
Quant le tribun sera cité avec luy devers vous viendrons et à celle heure nous verrons devant vous le debat d'eulx deux.
Ananyas
A Dieu, Felix.
Felix
A Dieu, seigneurs, je prie à Dieu qu'il vous convoye.
Acar
Or nous remettons en la voy et allons en Hierusalem.
Avy
Que fiché soit en grant mal an qui en Cesaree le mena. ***
Felix, prevost
parlant à sa femme Quant Tertulus arraisonna, Paul je congneuz en equité, que Paul tres bien s'est acquitté et à bien son cas prouffité ; et pour tant ay je differé à son faict et consideré. Ma femme l'a'vous entendu ?
Drusilla, femme de Felix
[141b] En la response que a rendu, il me semble que à tort estrivé, car en toute la loy juifve la resurrectïon des mors n'y est pas.
Felix
Vous l'avez amors et tenez ceste loy des bestes, pour ce que juïfve vous estes ; mais je vous diray que ferons : incontinent appellerons Paul, affin que à nous arraisonne et, quelque raison il nous donne, voyla ce que faire fauldra.
Drusilla
Estre pourra qu'elle vauldra et en ce ne pouons meffaire et sera bon de ainsi le faire et que licence on luy en donne. ***
Neron
Rome Agrippe, prevost, qu'on ordonne au sainct homme Symon Magus que Pierre qui par motz agus s'efforce à sa foy soustenir que vers luy le facez venir, affin qu'il voye clairement si c'est art ou enchantement dont Pierre use. Que vous en semble ?
Agrippe
Je dy qu'on les assemble ensemble quelque jour à vostre devise.
Neron
Prevost Agrippe, on y advise, à ce ne me vueil opposer. Que chascun voyse reposer avant qu'en conseil nous mettons.
Agrippe
A Dieu, sire.
Neron
A Dieu.
Agrippe
Or partons. Chevaliers, allons au sejour.
Le premier chevalier Agrippe
Sire, voicy ung tres beau jour à qui il plairoit d'entreprendre d'aller en lieu pour plaisir prendre selon ce que la saison est.
Epiphanés, escuyer
L'air et le temps est bel et nect, les chiens auront tres beau courir ; qui vouldra la perdrix querir, voicy droictement la saison !
Antigonus, escuyer
[141c] Plus ne fault garder la maison; mais en beau faict prendre soulas.
Ravissant, varlet de Agrippe
Il ne fault jamais estre las de soy esbatre par raison. ***
Drusilla
Mon amy, il seroit saison que Paul fust de nous escouté et nous fust de par luy compté quelque procés. Le voulez vous ainsi ?
Felix
Or amenez le nous. Vous, Scribe, allez jusques à là dire que moy et Drusilla, ma femme, à luy voulons parler.
Drusilla
Mais il nous vault mieulx y aller. Allez devant et l'amenez, en vostre siege vous tenez et auprés de vous je seray.
Le scribe
Icy le vous ameneray : incontinent je le voys querre. Icy va querir Paul.
Drusilla
Pausa Mon amy, je vous vueil requerre que j'aye la volunté sienne touchant ceste loy chrestïenne non pas que croye seulement en rien affectueusement en elle, mais pour mieulx sçavoir s'il en ment ou s'il en dict voir ; et quant vous en serez lassez, il se taira.
Felix
Or vous seez. A luy parlez à vostre gre. ***
Le scribe
parlant à Paul Or ça, Paul, passez ce degré, venez deviser ung peu là. A Felix et à Drusilla sa femme, car ilz vous attendent.
Paul
Dieu doint que pour bien y entendent. Je y voys ou nom de Jesuchrist ***
Drusilla
Or ça, Paul, selon vostre escript, je vous pry, ne me contredictes, et devant mon mary me dictes que c'est en pure verité de celluy Dieu qui fut monté en Hierusalem sur la croix.
Paul
[141d] Drusilla, voicy que je croys : vray est qu'en oeuvre solennelle Dieu par sa puissance eternelle sans commencement et sans fin crea cestuy monde à la fin que de luy en peuple comply fust des cieulx chascun siecle emply en la gloire perpetuelle, touchant l'oeuvre spirituelle ; et pour ce faire crea somme Adam, qui fut le premier homme, puis Eve, qui fut la partie qui, de temptatïon partie par le serpent, moult durement feit pecher Adam lors.
Drusilla
Comment l'instructïon qu'el luy donna ?
Paul
Dieu le createur ordonna à Adam pour refectïon tous les fruictz à humble affectïon d'ung jardin nommé par ses dictz, ça bas terrestre paradis. Et iceulx luy habandonna fors ung seul, lequel luy sonna n'y toucher, en quoy offendit, car Eve le print et mordit Adam de la pomme dedans. Et lors qu'il eut entré les dentz congneut que vers Dieueut meffaict et avoit offensé de faict. Et ainsi par celluy peché fut le genre humain empesché qui de luy vint : bien le sçavez, car en vostre loy le trouvez. Or vint que vers le createur ayant pitié du malfaicteur vint à notice de concorde par pitié, par misericorde, par charité celluy deffault, disant roy eternel il fault que la pugnitïon ayt fin par vostre charité, affin que chascun de Adam descendu ne soit à dampnement rendu, et combien que l'offense sonne si hault qu'il n'est nulle personne que sans vous le puist reparer comme avez voulu preparer en bas le corps qui le meffaict à faict, soit par vous satisfaict aussi vous par homme imparfaict est commis par ung cas parfaict [142a] et de toute grace remply soit cestuy mystere acomply ainsi fut, car la deité considerant l'humilité ayant consideration au sens et moderatïon à la necte virginité à la tres pure chasteté d'une vierge ayant nom Marie où tout erreur estoit perie manda sans nulle fictïon son filz prendre incarnatïon en ses dignes flans precïeux. Sans aucun vice vicïeux virginallement le conceut aux motz que de l'archange sceut, en luy disant : "Dieu te salue, Marie, sur toutes esleue, de virginité la fontaine et celle qui de grace est pleine." Et ainsi neuf moys le porta et de faict vierge enfanta et, le terme venu, se mit ce faisant à quoy le submit Dieu son pere à sa foy prescher et ses exemples annoncer. En laquelle oeuvre a plainement cassé l'Ancïen Testament, puis fut, comme bien le sçavez, des Juifs en la croix eslevez, et d'eulx fut accusé et prins sans avoir meffaict ne mesprins. Ainsi que Adam par offenser et le command Dieu trespasser fut pugny raisonnablement; ainsi Jesuchrist humblement, pur, nect, innocent et sans vice, feit de son sang le sacrifice pour du mal restauratïon par sa benoiste passïon. Et puis que de là on l'osta mort, au tiers jour ressuscita et alla Adam delivrer ; puis nous vint l'Esperit livrer, de grace et nous illumina, et à prescher nous ordonna la verité reallement de son derrenier jugement, auquel chascun paye sera selon que desservy aura. Et en sa vie il approuva en plusieurs lieux ou se trouva sa vertu sur demoniacles, sur aveugles que par miracles [142b] de son pouoir illuminoit. Aux malades santé donnoit aussi ressuscitoit les mors. Voila à quoy il 'est amors, voila le chemin qu'il nous dresse, voyla ce que à prescher m'adresse selon justice et equité.
Felix
Mais pour parler en verité, fais moy venir à ma otice proprement que cest de justice et tu me feroys grant plaisir.
Paul
Si d'entendre n'as desplaisir, justice à parler clairement est dit nom de Dieu fondement, car Dieu par possibilité est vie, voye et verité, et verité selon raison est de justice la maison. Nul ne peult à justice traire qui soit à verité contraire ; et qui tient justice en tout lieu, la doctrine luy vient de Dieu, car justice ne se consent que à juste equité et qui sent barat dessus equité maistre et par justice peult remettre au dessus de vraye equité, il est par justice acquitté et qui est quitté d'une charge dont justement il se descharge, Dieu qui de tous sera vray juge tesmoigne que en justice juge dont ce doit venir à notice ce que est de vraye justice, et à ce ne doibz contredire.
Felix
Or ça, Paul, or me vueillez dire de chasteté : qu'esse en effect ?
Paul
Entendre le pourras de faict : chasteté est de resister à ce que nature tempter peult avec sensualité en la fresle fragilité, qui n'a vouloir n'affectïon que à folle delectatïon ; et comme ay autresfoys presché, peu de delais sont sans peché ; et ceste transitoire vie à qui a de suyvir envye les plaisir que appete le corps dont en fin fault estre remors [142c] de soy luxure desnuer et sobrement se continer, car la personne trop replecté plus encline est et plus exploicté es plaisirs ou temptatïon, complir par exhortatïon la chair, quelz pechez de ce monde, car l'enhort du dyable se fonde et pour ce fault pour l'eviter fuyr du dyable le tempter, laisser de la chair le plaisir et des biens mondains le desir, c'est la racine en verité de la branche de chasteté et dont elle vient proprement.
Felix
Et qui est chaste justement ? Que vault il à la creature ?
Paul
Chasteté la personne apure et rend l'ame à Dieu necte et pure sans souilleure, sans corrompure, et n'est de maculle chargee. Elle est d'ordure deschargee et ne se tient aucunement en corruptïon nullement ; mais contemple benignement la purité qui dignement le peult en la gloire eslever là se peult chasteté trouver qui purifie la personne qui se fie ne glorifie à soy en luxure esprouver.
Felix
Et le jugement que prouver ne veulx estre vray ? Que sera ce ?
Paul
Je te diray en brefve espace et te respondz que ung jour viendra que Dieu son jugement tiendra, auquel jugement par droicture selon que contient l'escripture, seront tous en ame et en corps les vivans : soyez en recordz. Les passez et ceulx à venir que la terre a peu soustenir. Là sera la face de Dieu tenant de justice le lieu si cruelle et si redoubtable, si forte et tant espouentable que tous pecheurs qui au lieu viendront en icelle face verront tous les pechez que auront commis [142d] dedans leur entendement mis, là ne fauldra que n ul les juge, car ilz seront eulx mesmes jugé. Chascun en son entendement verra son faict evidemment et les courroux en celle face mesmes ne croy que autre ce face verront en lueur eternelle en lumiere sempiternelle d'icelle radiatïon leur parfaicte operatïon et ce qu'ilz auront merité dont des cieulx seront herité. Et les autres pugnis seront en enfer où leur place auront separez chascun comme indigne du lieu dont pas ilz n'estoient digne sans pouoir la lumiere veoir que le juste est digne d'avoir ; et sans avoir intentïon d'avoir jamais redemptïon : voila ce que au vray il me semble.
Felix
Assez avons esté ensemble ; pour maintenant je m'en yray et plus je ne deviseray en temps oportun, et à Dieu. Scribe, ramenez le au lieu où il estoit. Icy est remené Paul en la prison
Le scribe
Il sera faict.
Felix
Dea ! voicy ung terrible faict, je ne sçay s'il dict verité, s'il parle par auctorité ou s'il est menteur ou trompeur ; mais tout mon corps tremble de peur, je ne sçay qu'il m'en adviendra. ***
Line, disciple de Pierre
Tant que l'oeil Pierre ne verra, jamais n'auray à mon cueur joye, car sa personne me resjoye et sa parolle me consolle.
Clete
De l'ouÿr jamais ne me saoulle ; allons vers luy à chere lye. Icy vont vers Pierre
Line
O Pierre, à vous je me humilie en priant Dieu devotement qu'il vous garde d'encombrement et donne ce que desirez.
Clete
[143a] Pierre, vous me pardonnerez si trop ay tardé à venir : car je me suis voulu tenir là oùvous m'aviez commandé.
Sainct Pierre
Si ay je à aucuns demandé, mes freres, comment vous portiez et si rien de nouveau aviez qui fust contre vostre vouloir.
Line
Pierre, je vous fais assavoir que l'enchanteur Simon Magus par ses ars subtilz et agus a faict à l'empereur entendre qu'il se pouoit en vie rendre de mort et soy restituer la vie.
Clete
Bref, sil fist tuer ung mouton par enchantement et fist entendre clerement aux assistens que c'estoit luy.
Pierre
En tout mal est ensepvely ou le dyable le vuelt mesler ; mais, mes enfants, le moins parler en est le meilleur et miuelx faict, car tout l'air pourroit estre infaict d'ouÿr racompter de sa vie. Je n'ay de riens sçavoir envie, mais je me donne grant merveille comme Neron preste l'oreille, qui est si sage se luy semble, à tel gens dont son peuple ensemble en icelle erreur se consomme.
Line
Ung dyable en la façon d'ung homme comme aucuns dient plainement a faict prescher publiquement disant que le peuple de Dieu denonçoit au peuple en ce lieu que Symon estoit son vray filz.
Clete
En blasphemant le crucifix, aucuns Rommains ont composee ung ymage en son nom posee et au dessus ung escript painct où le cnomment "Simon dieu saint". Nesse mal faict de le souffrir ?
Pierre
Je m'en yray vers luy offrir au gré de Dieu de paradis; Et luy prouveray par mes dictz que son fainct n'est que enchantement. [143b] Allez reposer hardiement et je m'en voys estudïer. ***
Felix, prevost
, parlant à Paul au pretoire Paul, pourroit on remedïer à vostre faict vous voyant mys en prison ? Que font voz amys ? Que font ceulx de vostre sequelle ? Trouver il fault, je ne sçay quelle voye, s'ilz feussent diligens de pourchasser, ou par art gens ou par prouesse ou par amour, pas ne feissiez si long demour et en danger.
Paul
sire Felix, quant la voye Jesus eslys, en laquelle fermement croys, ne me laissay pille ne croix, et de trestous les mondains biens desir n'ay eu d'en garder riens ; vray est que d'ung lignage yssant je suis, qui est riche et puissant, mais bien voy qu'ilz ne se advoyent à ma creance, ainsi se forvoyent, et n'y a cil qui me donnast ung denier ne qui ordonnast chose que voulsisse despendre. A argent ne si fault attendre ; quant à moy, ce n'est point mon cas.
Felix
Ha ! dea, Paul, s'il vous fault rien, on pourvoyra à vostre affaire. ***
Sainct Philippe
Freres, en Dieu il fault parfaire de Jesuchrist la volunté qui par son immense bonté par devers vous si m'a transmis et pour vous annoncer commis que pour vous en croix à souffert et à son pere s'est offert triumphant la mort et peché ; cela souvent vous ay presché et derechef je vous afferme vous suppliant que chascun ferme soit tousjours en celle creance, car je ne puis plus ma presence vous exhiber, la chose est seure. [143c] Ailleurs convient, com je procure, me transporter sans plus attendre, affin que je donne à entendre de la croix le parfond mystere. Le Sainct Esprit me le suggere auquel je ne doy repugner.
L'evesque de Sithie
Seigneur, si l'on veult impugner la verité qu'avez plantee, que ferons nous ?
Sainct Philippe
Si bien vantee est, de tourment ne ferez compte, car soy parfaicte, tout surmonte, et ne craint en adversité, car elle attend felicité qui aux fidelles est promise.
Le filz de l'evesque
Vostre presence est bien requise aux citez de cestuy pays, lesquelz demourront esbahis si ainsi laissez ceste place.
Sainct Philippe
Mes freres, il fault qu'il se face, car à Jesuchrist ainsi plaist, duquel le vouloir ne desplaist jamais à bon et vray fidelle.
Le premier tribun de Sithie
De vostre tutelle * si l'on nous impelle, nous aurons deffault.
Le second tribun
L'ennemy rebelle par sa grant cautelle nous feront dommage.
Sainct Philippe
Si escript en vostre courage avez Jesuchrist, le vray Dieu, il sera tout temps au meilleieu de vous sans vous habandonner et si voz cueurs voulez donner à le servir, comme promis, lavez, sans que rien soit obmis de ses amys serez du nombre, et vous gardera dessoubz ll'umbre de sa main qui est infinie et ne sera ame ravie d'icelle main par art ou force, car du tout pouoir est la source, contre laquelle nul ne puist. [143d] De Dieu soyez vous donc conduict, puis qu'à noz dictz vous ne croyez.
Sainct Philippe
Mais qu'en Jesuchrist vous croyez et qu"n sa loy chascun soit ferme : je vous prometz et vous afferme, jamais je ne vous oublieray, mais incessamment supplieray le Dieu qu'il vous ayt en sa garde. A Dieu, qu'il vous ayt en sa garde. A Dieu je vous dis, trop je tarde pour faire mon voyage en somme. A Dieu, seigneurs.
Le premier tribun
A Dieu, preudhomme et de nous ayez souvenance.
Le second tribun
Dieu vostre vueil en bref consomme. A Dieu, seigneur.
L'evesque
A Dieu, preudhomme, digne que par tout l'on renomme par ta vertu et grant prudence.
Sainct Philippe
Je seray tousjours en presence par esperit avecques vous. Demourez ou sainct propos tous que vous ay annoncé de bouche. ***
Lucifer
Dyables, maulditz qui dans la roche d'enfer estes tousjours bruslans et dans le lac de Stix urlans sans nul repos avoir une heure, approchez vous, car je labeure pour ung cas qui est tout nouveau et troube si fort mon cerveau que je ne sçay que j'en doy dire.
Sathan
Escoute, escoute, prince d'yre : surseoir te fault pour le present dyable dampné, dyable plein d'yre.
Astaroth
Aller on n'y puist bonnement.
Berith
Occupez sommes grandement pour dampner, chaffer et destruyre.
Lucifer
Harau ! me veult on contredire ? Harau ! me faict on tel oultrage ? Harau ! je pars, je meurs, j'enrage et ne puis ma fureur restraindre, quant voy les dragons si peu craindre celluy qui est d'enfer le roy !
Sathan
[144a] Aller je n'y puis quant à moy.
Lucifer
Et pourquoy ?
Sathan
J'ay cy entrepris une chose de tres grant pris dedans le feu puant horrible livrer à la peine sensible. Brontes, Sterope, Piragnion !
Lucifer
Et Berith ?
Berith
Je tiens Ixion ; dedans, Lethes : je le vous plonge.
Lucifer
Et Astaroth ?
Astarot
Point il ne songe, autrement je seroys confus. Je pourmaine cy Sisifus le contraignant sans cesser batre.
Levyathan
Nul est à present en la chartre qui a travailler ne soit submis, chascun si est de tes amys, à semer vil salpestre et soulfre par tout le Plutonicque gouffre, il semble que point ne l'entendz.
Cerberus
Je y voys voluntiers, mais j'attendz Caron qui ameine sa charge pleine tant du long que du large en leur sonnant leur venité, car se sont gens d'auctorité lesquelz me fault cy abreger, quant sont au port pour les loger comme leur estat le demande.
Lucifer
Interrompez je le commande ; telz oeuvres sans qu'il y ayt noise et me couchez en la fournaise telz gens pour prendre leur repos ; autrement je suis en propos de cestuy lieu me devaller pour vous getter et brimbaler de Vulcanus la forge ardante.
Burgibus
Si la chose est si fort urgente, il te le convient exprimer.
Lucifer
Vous puissez tous vifz abysmer et estre brisez de tempeste. Pensez vous que soye si beste pour mon plaisir de vous hucher ? [144b] Nenny, mais je voy tresbuscher nostre pouoir, se on n'y entend, car je voy que Philippe tend vers Hieropolis la cité, dont crains que nous soit suscité guerre par luy triste et ortelle.
Sathan
Serpent mauldit, plein de cautelle, sçais tu bien la chose estre vraye ? ha ! que la parolle m'effraye, ha ! quel meschef, quel infortune !
Lucifer
Si par mes cris vous importune, il ne vous doit donc estre estrange, car le cas en tel dueil me renge qu'en enfer tousjours me tourmente.
Astaroth
Pourveoir il fault.
Lucifer
C'est mon attente et le cas pourquoy vous appelle. Si aucun de vous est fidelle qui bueille l'affaire entreprendre et nostre cas aller deffendre, il luy sera faict reverence et aura grant preeminence des dyables tous, car je le veulx.
Berith
Si aucun n'est plus cauteleux, pour cestuy faict je m'y presente.
Lucifer
Berith, si bien ne te contente, ne croys jamais à ma promesse et de mon bien si grant largesse, car tu en auras bon loyer.
Berith
Je l'entendz, je m'y doy fîer.
Lucifer
Là verras Ebyonites fiers lesquelz te pourront secourir.
Berith
Je m'y en voys do ncques courir, Lucifer, à vostre requeste.
Lucifer
De gresil, froit, fouldre et tempeste soyes par les chemins conduict et par grant rage mal reduict tant que le siecle durera. ***
Sainct Pierre
devant l'hostel de Simon Maguspausula Et, faulx enchanteur, quant viendra le jour qu'en bonne conscïence tu applicqueras ta scïence à revoquer les divers faictz, [144c] et quoy sçay que vers Dieu meffaictz ? O abuseur du peuple humain, o empereur qui tient la main à celle folle abusïon, à celle grant illusïon, à celle erreur orde et infame.
Simon Magus
Qui est ce meschant qui blaspheme l'empereur ? Ha ! Pierre, esse vous ? Que raillez vous, que croyez vous, qui vous a en ce chemin mys ? Nous deussions estre comme amys, car vous et moy ung nom tenons ; mais toutesfois tu as deux noms qui est ung signe de trompeur. Ha ! Symon Pierre, entendz sans peur, quant nous deux aurons unité ton art avec ma deité, merveilles ferons en sermon ! Pierre, Pierre !
Sainct Pierre
Symon, Symon ! Dieu ne peult souffrir que fol lye sa vertu avec ta follie ? Trop me feroit horrible erreur laisser verité pour erreur : ce seroit peché detestable. Laisser Dieu pour servir le dyable. Mes faictz sont par grace, et ton art est l'abusïon dont on art es abysmes des condampnez, separez de Dieu et dampnez sans espoir de remissïon.
Symon Magus
Or entendz mon intentïon : vous autres disciples ça jus du prophete nommé Jesus, faictes entre vous des synacles que plusieurs tiennent à miracles quant les matieres sont descloses et puis lors en toutes ces choses il nous appert ne plus ne moins que seulement mettans les mains disans aucuns motz sur les chefz de ceulx de pechez entachez, mais leur faictes guarison prendre. Si tu me veulx ton art apprendre, je t'offredes cy et des or advise cy de mon tresor, affin que ainsi le puisse faire en lieu où sera necessaire : soys de le prendre diligent.
Sainct Pierre
Va mauldit, toy et ton argent, [144d] à perditïon eternelle, enduree et sempiternelle par jujste condampnation ! Veulx tu que par temptatïon je vende la grace de Dieu à ung ydolatre en maint lieu qui en veult user plainement ? Il fault croyre en luy fermement en nom pas en telz oeuvres folles faignant que vient de tes ydolles et pouoir que tu concepvrois et en la fin pas n'en rirois dont yroit à dampnatïon.
Symon Magus
Or cesse ta temptatïon, dy, viens tu pour moy destourner hors de mon salut et tourner en l'erreur où tu te condampnez.
Sainct Pierre
Ha ! povre aveugle, tu te dampnez.
Symon Magus
Ha ! povre bigot, tu te pers.
Sainct Pierre
Tes engins subtilz et appers à tous maulx, bref te confonderont.
Symon Magus
Tes follies amodereront que sur autruy veulx blasphemer et à ta mort le pas amer que passeras, là demourra ton corps, et celle erreur mourra. Et saches que sans contredire je le voys à l'empereur dire de quoy pas mieulx tu ne vauldras.
Sainct Pierre
Or va où aller tu pourras, car quant à moy, je ne te doubte et la verité somme toute à Neron l'empereur diray que ung mouton fainct en lieu de toy as faict tuer, et faict semblant de ressusciter dignement et tout ce qu peuple denoncer et par ung dyable les prescher. Ha ! malheureux, j'entendz ton art.
Symon Magus
Que Dieu mauldie le conard et qui luy apprint à mesdire. Qu'esse cy ? qui luy a peu dire ? Il a congneu la tromperie ou par art ou enchanterie. Il me vault mieulx taire que aller à Neron pour luy reveler, combien si je n'y voys chascun [145a] qui sçaura le vray en commun me tiendra pour ung enchanteur.
Marcel
Allez vous plaindre à l'empereur, qui sa follie luy dira ! Croyez qu'i y remedira, car ce sont propos trop hydeux ? ***
Sainct Philippe
Paulsula La grace au puissant des puissant : j'ay passé montz et lieux polis pour rencontrer Hierapolis, la cité que je desiroys et diligemment requeroys comme le m'avoit suggeré l'esprit de Dieu qui transferé m'a par son vouloir ceste part. Je yray dedans, si Dieu me gard, annoncer la saincte euvangille de Jesuchrist.
Le prevost de Hierapolis
Il m'est utille, puis que j'ay prins dessoubz ma cure la prefecture de Hierapolis la cité observer justice et droicture tres saincte et pure ; me fault de la civilité, car qui est en auctorité ou dignité ne puist garder, la chose est seure, entre les siens transquilité sans equité : paix est de justice facture.
Le premier ebyonite
Sur tout ne fault souffrir injure estre faict au divin honneur, car Dieu est de tout bien d'onneur à celluy qui pour luy content.
Le second Ebyonite
Jamais il n'est d'homme content si devant tout ne le revere.
Le troisiesme
Avant tous fault que l'on s'ingere sçavoir si quelque ung c'est rengé cy seduysant le populaire par son meschant et faulx affaire, affin que l'on en feust vengé.
Le premier Ebonite
Si de la loy est estrange, nous voulons qu'on y prengne garde, et si personne m'est rengé, [145b] gueres ne l'auray soubz ma garde : mourir feray sans contredict. ***
Sainct Philippe
Peuple, par folle erreur seduict, je te supply que tu m'escoutes et qu'en ton cueur les dicts tu goustes, lesquelz je te veulx prononcer, car je te viens cy annoncer ton salut, si le veulx entendre ! Laisse ton erreur pour le rendre à Jesuchrist, saulveur du monde, auquel si ton croire se fonde et avec luy te veulx renger, * tu ne pourras estre en danger de perir, mais te certiffie que posseder pourras la vie laquelle n'a de bien deffault.
L'hoste de Hierapolis
Qui est celluy qui crye si hault nous annonçant chose nouvelle ?
L'hostesse
Oncq n'ouÿs dire chose telle, mais escoutons.
L'hoste
J'en suis d'advis.
Sainct Philippe
Si voz espritz ne sont ravis * et forcenez d'erreur enorme, de Jesus vous donray la norme dont vous pourrez salut acquerre. Croyez cela sans plus enquerre qu'il n'est q'ung Dieu en trois personne qui n'ont point voluntez dissonnes, mais une simple volunté, une essence et une bonté, le Pere et Filz et Sainct Esprit, lesquelz onc homme ne comprit, car tout esprit humain excedent. Toutes creatures procedent d'icelles par creatïon, mais sans temps ne successïon, le pere du filz penitif sans l'avoir prins pour adoptif, mais eternel, je le concede, le Sainct Esprit aussi procede par commun accord de tous deux. ce pere estant de nous songneux et regardant nostre misere par ung effable et grant mystere son enfant a faict cy descendre et nostre fragilité prendre en ce faisant homme mortel ; lequel de la croix en l'autel à Dieu son pere s'est offert [145c] et pour nous la mort a souffert, dont paradis a merité pour nous, puis est ressuscité et monté du pere à la dextre.
le premier
Que faictes vous cy, gentil maistre, quelz propos venez vous tenir ?
Sainct Philippe
Je viens la cause soustenir de Jesuchrist, vray Dieu et homme.
Le second
Que dictes vous ?
Sainct Philippe
Je dis et somme que pour ce j'ay prins cy adresse.
Le tiers
Il fauldra que l'on vous redresse pour ce propos faire changer.
Sainct Philippe
Je ne suis faulx ne mensonger, quant rendz du christ tel tesmoignage.
Le premier
Vous mentez, fol remply d'oultrage, quant proferez ceste parolle.
Le second
Il conviendra que l'on t'affolle, si en tel propos persevere et te fauldra par mort severe tes jours en brief faire finer ! Ose tu bien determiner que Jesuchrist est homme et Dieu et le semer cy en ce lieu ? Ce sont erreurs intollerables.
Sainct Philippe
Ebyonites miserables, povres de sens, gens interdicte, si a salut l'on vous incite, le vous fault il pas recevoir ?
Le tiers
Il nous pourroit bien decevoir si l'on luy preste plus l'oreille. Prendre le fault !
Le second
Je le conseille, et que tenu soit à destroict.
Le tiers
Au prevost nous yrons tout droict et le mettrons en sa puissance.
Le premier
Bon presvost, en nostre presence Philippe a rompu nostre loy et nous abuse, par ma foy, en nous rememorant la sienne.
Le second
[145d] Il presche la loy chrestienne à qui la veult bien escouter.
Le tiers
voicy celluy qui veult tempter que vous avez long temps noté.
Le prevost
Philippe, dictes verité : quelle foy vous allez preschant ? Car de ce vueil estre sachant et la verité en sçauray.
Sainct Philippe
Prevost, je presche tout le vray autant en ville qu'en cité.
Le prevost
De mentier es tant herité que homme n'est qui te doibve croire.
Le premier
Il est verité et notoire.
Sainct Philippe
C'est par le pouoir de mon Dieu, je te le dis cy en ce lieu ; s'ainsi demourez obstiné, mauldict, tu seras condampné en abisme sempiternelle, maledicte aussi eternelle : il n'y a point de fictïon.
Le prevost
Sus ! seigneurs, sans dilatïon me soit une croix esterndue et sa personne sus tendue à toute peine et grant tourment, affin que de vous soit content et que vers moy tost on l'amaine. ***
Marie
Deité parfaicte et haultaine, je vous supplie tres humblement qu'il vous plaise piteusement regarder Philippe, qui est mis au tourment par ses ennemys que à martyre le veullent veoir. Il vous plaise pitié avoir de luy et tres bon souvenir.
Dieu le Pere
Mere, nous le ferons venir en nostre gloire par martyre, auquel pour nous son vouloir tire ; secours aura, car il l'attend. ***
Sainct Philippe
Dieu qui scez qu'à toy mon cueur tend et qui congnois l'affectïon de ces gens en compassïon, vueillez leur donner congnoissance de leurs faultes, et par ta puissance leur donner confort. [146a]
Le premier
en montant la croix Sus, amont !
Le second
A l'ayde, tost ! Tirons d'amont !
Daru
Il y est. Or le laissons là. Regardez, prevost, voy le là. Y ay je failly à ceste heure ? Tost est levé et sans demeure. Faites luy ce que a merité !
Sainct Philippe en la croix
Dieu qui tout voys par ta divinité, vueille ma voix en pitié escouter et puis mon ame à tes cieux exalter : soit faict ton vueil autant icy qu'en bas en disant in manus tuas.
Michel
en paradis monstrant l'ame de Philippe dict Dieu, en qui gist toute vertuPausula et qui fut par les Juifs batu de Philippe l'ame j'apporte, affin qu'en joye se comporte et lumiere sempiternelle. Icy chantent en paradis.
Dieu le Pere
En la nostre joye eternelle sera tres dignement posee. ***
Felix, prevost
sur le lictPausa Ha ! Drusilla, m'amye cher aymee, fort agrave en ma povre personne. J'apperçoy bien que ma fin est finee, Vie me fault, et Mort vient qui me sonne, de tout pouoir corporel je descens où nul secours n'ay qui mal le consomme ; à endurer ce mal je me consens priant aux dieux qu'ilz me gardent en somme.
Drusilla
Est il medecin qui vous donne aucune allegeance, Felix ?
Felix
Nenny, tout tresor habandonne et en terre ma place eslys. La Mort prent les ungs sur les ilctz et les autres à leur adventure. Tantost seront ensepvelis Mes membres et mis en pourriture. Drusilla, je sçay par droicture selon le droict des estatus que aprés moy Porcius Festus doibt cette terre succeder. Autre ne la doibt posseder par raison, ainsi adviendra par droict ; pour ce, quant il viendra [146b] ceans, pas je ne vueil qu'on treuve, affin que rien ne se contreuve, sur moy estre faict en ma vie, dont n eust dessus moy envie. Paul en liberté comme il est et sans garde comme seul est ne soit aprés le mien trespas. Et pour ce, aprés passé le pas de mort, je concludz et ordonne que forte lyevre on luy donne pour la grace mieulx captiver de tous Juifs qui par le trouver aprés ma mort estroict lÿé me sentiront humilié en ma vie à leur plaisir faire ; si soit ainsi faict sans meffaire comme oyez que je le commande.
Drusilla
Et mon amy, je vous demande s'il est possible aucunement de vous alleger le tourment qui en vostre personne mord.
Felix
Drusilla, m'amour, c'est la Mort qui requiert sans aucun abus dessus nature ses tribus. Je sentz en moy la mort mortelle, je sentz ordonnance à mort telle, je sentz que ne puis eschapper, je sentz que ne puis usurper ne moy ne nulle creature. Rien des estatus de Nature, ainsi est de tout personnage. Pensez bien de vostre mesnage, pensez de Paul et le gardez et en le gardant regardez ce qu'en la fin en adviendra et à quelle fin il viendra et me baisez au departir.
Drusilla
le baise Mon povre cueur, faictes partir en pleurs et plainctz de part en part, quant de moy vous fault departir. Voicy ung douloureux depart. Il meurt O moy amy, en quelle part sera ton ame repartie ? Mon oeil maintes larmes espart à cause de ta departie ! Pausula ***
Lucifer
Enfer Au moins venez une partie de vous sçavoir que faire fault. Hau, dyables !
Sathan
[146c] Ne cry point si hault, tous venons pour te faire honneur.
Lucifer
Et nostre maistre sermonneur, qui ne faictes que ravasser, pourquoy n'allez vous confesser le grant prevost de Cesaree, dont l'ame est du corps separee ? N'estes vous pas bien peu scïens ?
Astaroth
Et son ame est desja ceans, nous luy avons pieça rendue.
Burgibus
Nous l'avons desja estendue dessus ung metal qui distille, fondu par maniere subtille au fourneau de desesperance où ne peult avoir esperance que sans fin l'infernal desgoutte ; incessamment ne luy degoutte sur luy sans son mal avoir fin.
Berith
Sathan, qui cuyde estre bien fin, ne s'en fust pas sceu adviser ?
Cerberus
Mieulx se congnoist à deviser quelque sermon.
Levyathan
Quel sermonneur ?
Belyal
Quel moyne ?
Berith
Quel frere myneur ?
Pantagruel
Quel docteur pour parler latin ?
Proserpine
Et laissez vivre mon corbin, mon crapault, mon bouc escorné ; Levyathan, c'est trop sorné, vien t'en Sathan, vien t'en ça sus. Icy les autres dyables veullent empescher Sathan d'aller à Proserpine et il les dechasse.
Sathan
Et sus ! de par le dyable, sus ! je vous feray dedans remettre pour en ung plus gref tourment estre. ***
Le scribe
Cesaree Madame, puis que nostre maistre est mort comme vous le voyez, il nous fauldra estre advoyez à le porter à la maison et là, comme il est de raison, selon la coustume ancienne [146d] ensepvelirons la chair sienne et de nuyct sera mis soubz terre.
Drusilla
Helas ! la mort le tient en serre Felix, Felix, pour ceste perte je mauldiray Mort trop apper'te qui te mect en si bas degré !
Le scribe
Drusilla , il fault prendre en gré, soit son corps couvert gentement et aprés solennellement nous en ferons nostre debvoir. ***
Symon Magus
Pause Sire empereur, je vous viens veoir et me viens devers vous complaindre non pas en maniere de plaindre, car si mal contre moy usoit, vous ne autre, et il m'en desplaisoit mon pere et moy nous vengerions et sa puissance defferions, car par toutes les regions du monde avons noz legions d'anges qui sont sans aucun vice chascun prest à nostre service et sont par les nuez espars sur terre en mer en plusieurs pars attendant que je les demande ou que mon pere leur commande. Allez en argu au sermon au secours de mon filz Symon, luy ayder chascun est tenu. Neron, Pierre est à moy venu et m'a en parler diffamé et vous mesmes tresfort blasmé ; mais moy par divine scïence je prens ma part en pacïence, car ma deite n'est active jamais d'estre vindicative par force ne vueil nul mouvoir ; mais par doulceur ceulx recevoir qui en mon pere et moy aussi croiront et viendront à mercy ; mais tant que touche vostre part sur qui ces blasphemes espart assez pour cent hommes occire et dessus vous Agrippe sire il touche de vostre personne et vous deux sur qui ces motz sonne ; il ne m'en vueil pas empescher, mais par ne le devez laisser en celle erreur continuer.
Neron
De luy nous convient desnuer et en ce ne pourrons meffaire. [147a] Il nous convient de luy deffaire et j'en auray tresgrant plaisir, car depuis le gref desplaisir qu'il me dist par ses dictz infames lors qu'il me osta mes quatre femmes, n'ay pas oublié : n'ayez doubte.
Symon Magus
Si guerres regne, je redoubte son art que au peuple est estendu, car ung fol mot mal entendu à ung quidem mal recité peult esmouvoir une cité, dont pourroit esclandre venir.
Neron
Il ne le fault plus soustenir, mais je vous diray que ferons. tout aussi tost que nous sçaurons qu'en quelque lieu sermonnera nous yrons, et nous donnera à entendre, et vous y serez son cas, puis vous responderez à ces propos licitement ; et s'il mesprend aucunement ou blaspheme nulle personne, ou en aucun langage sonne rien despendant d'abusion, lors aurons nous occasïon du tout de sa prinse entreprendre !
Symon Magus
Beaucoup vauldroit mieulx de le prendre secrettement de belle nuyct, car le peuple quant on luy nuyt s'esmeult souvent en aucuns lieux de la cité.
Agrippe
On feroit mieulx, ce m'est advis de le mander et aprés de luy demander comment la resurrectïon de Symon est sans desprison assavoir qu'il proposera.
Symon Magus
Ha ! non, car il exposeraSymon Magus crainct la venue de sainct Pierre en aucune expositïon de quoy la depositïon pourra estre telle exposee et en telle erreur proposee que les assistans sommes toute y pourroient esmouvoir grant doubte ; car son parler et odïeux et ses dictz sont melodïeux et plaisans à ceulx qui n'entendent la verité, et ne contendent [147b] qu'à ouÿr sa ravasserie, dont fault à voix basse et serie le prendre, et puis s'en despescher.
Neron
Or le laissez venir prescher le pensement m'en soit rendu. ***
Porcius Festus
Amys, comme j'ay entendu Felix, prevost de Cesaree a du corps l'ame separee et suis comme sçavez esleu ainsi que les dieux ont voulu pour posseder en son office, comme il a voulu que le feisse luy vivant, vous le sçavez bien, si vouldroye sur toute rien en la cité me transporter pour icelle office porter comme cesar si l'ordonna soubz qui ceste office donna ; si seroit bon comme il me se"mble que nous y allissions ensemble pour prendre la possessïon.
Le premier escuyer
Puis que celle commissïon vous advient Porcius festus, nous voicy prestz et bien vestus pour vous aller acompaigner.
Le second escuyer
Nous ne debvons rien espargner, mais nous est dessus toute rien plaisir tant plus aurez de bien, tant plus aurons meilleur attente tout chascun mettra son entente à vous servir songneusement.
Porcius Festus
Or allons donc, car seurement j'ay assez desir de m'y veoir. ***
L'evesque du Temple
Lieu vueille la cité pourveoir d'ung prevost qui nous soit propice et qui gouverne la police au peuple ainsi qu'il est besoing.
Le prebstre du Temple
Ja ne vous en fault estre en soing, car selon tous noz estatus, nous aurons Porcius Festus qui la cité gouvernera.
Le premier citadin
Par raison il y regnera, car l'office luy appartient.
Le second citadin
Messeigneurs, on m'a dict qu'il vient et est ja auprés de la porte. [147c] si sera bon qu'on se transporte au devant pour honneur luy faire.
L'evesque
Nous ne pouons en ce meffaire et parlez en bon essïen à cause que suis ancïen, licite m'est de demeurer. Allez y tous pour l'honnorer en ce ferez vostre devoir.
Le prebstre
Seigneurs, allons le recepvoir et nous ferons honnestement. Magister, montez vistement au plus hault de ceste mesquitte, et affin que chascun s'aquitte, quant aucun venir sentirez, tout acoup nous advertirez affin de non perdre la voye.
Le magister de Cesaree
Je y voys monter, affin qu'on voye ceulx que au chemin veullent marcher. Icy fault que le magister monte en quelque hault lieu.
Porcius Festus
Nous commençons fort d'approcher de la cité : je le voy bien.
Le prebstre
Magister !
Le magister
Sire !
Le premier citadin
Voys tu rien ?
Le magister
Non.
Le second citadin
Fais de regarder effort !
Le premier escuyer de Festus
Monseigneur, nous approchons fort au chemin, sommes diligens.
Le magister
corne et dict Le soyez donc point negligens.
Le prebstre
Et puis, qui a il ?
Le magister
Je voy gens.
Le premier citadin
Sont ilz pres ?
Le magister
Deux traictz d'arbalestre.
Le prebstre
Sus m il se fault à chemin mettre ; à ce faire nous fault entendre.
Le scribe
Seigneurs, s'il vous plaist de m'attendre [147d] Je m'en yray avecques vous.
Le prebstre
Allons donc ensemble trestous au devant. Cheminons ensemble ! Ilz s'en vont au devant de Festus
Le second escuyer
Monseigneur, certes il me semble que voicy aucuns citadins qui viennent à pas tressoubdains de vostre personne à l'encontre.
Porcius Festus
C'est une tresbonne rencontre, nous en sommes à eulx tenus.
Le prebstre
le salue Sire prevost, bien soyez vous venus pour exercer l'office en Cesaree !
Le premier citadin
Plaisir en ont les grans et les menus, sire prevost : bien soyez vous venus !
Le second citadin
A nostre vueil nous sommes parvenus, car la cité en sera reparee.
Le scribe
Sire prevost, bien soyez vous venus pour exercer l'office en Cesaree !
Porcius Festus
Estre ne doit à celluy comparee qui l'exerçoit, ma tressimple personne, mais mes amys, puis qu'à ce Dieu me sonne, j'ay bien espoir tellement me conduyre que ne lairray quelque chose seduyre ne convertir en reigle irraisonnable ; mais comme est droict justice convenable, feray à tous les habitans du lieu, à mon pouoir, au plaisir du grant Dieu qui vous rende la peine que prenez qu'en tel honneur au devant moy venez. Or allons tous au Temple, mes amys, aorer les dieux qu'en l'office m'ont mys et nous ferons du tout nostre debvoir. Dieu, qui avez sur nous tout le pouoir, mercy vous rendz comme à ceulx où me fie et voz sainctz noms je loue et glorifie, quant vous a pleu ma personne ordonner et eslire pour l'office donner ; si vous requier que vous m'entretenez en vostre grace, et que me soustenez encontre ceulx de nostre loy contraire.
Les deux citadins, les deux escuyers, le scribe, le prebstre
ensemble dient Amen !
Porcius Festus
Messeigneurs, il fault traire [148a] tous ensemble jusque au pretoire pour tenir nostre consistoire et veoir ce que à faire y aura.
Le scribe
Monseigneur, ainsi se fera et là je vous advertiray de la verité, et diray aucune chose qui fort touche. Icy vont au pretoire.
Porcius Festus
Or me dictes de vostre bouche et ce qu'il y a en recence.
Le scribe
Monseigneur, à vostre licence il est verité que je suis scribe, qui à la court poursuys. Dieu pardoint à Felix, mon maistre, qui me feist en l'office mettre ainsi qu'au reng des bien contens. Festus, il y a ja long temps que pour cas où avoit mesprins Paul, en Hierusalem fut prins des Juïfs, aussi de eulx accuse d'avoir contre la loy usé, et luy estant en la prison Lysias que pour sans raison luy fut dict le peuple s'amort à vouloir Paulus mettre à mort. A ses gensdarmes commanda l'emmener lors, et le manda à Felix, lequel l'a tenu tant qu'il est à sa mort venu, et est encores emprisonné, combien qu'on l'ait arraisonné. Pour ce, vous y adviserez et vostre gré deviserez, si sera vostre vouloir faict.
Porcius Festus
Prisonnier ?
Le scribe
Voire !
Porcius Festus
C'est grant faict, mais à loisir adviserons sur ce cas, et deviserons comme le faict est acceptable, aussi comme il est convenable. Que chascun se retire aussi, et reposer m'en voys icy pour moy raffreschir ung petit.
Le premier citadin
Or faictes à vostre appetit, prevost : à Dieu vous commandons.
Le second citadin
[148b] Licence nous vous demandons, à Dieu, sire, jusque au reveoir.
Porcius Festus
Amys, Dieu vous vueille pourveoir, tant que ensemble faisons retour. ***
Sainct Pierre
Mes freres, je fus l'autre jour vers Symon comme vous sçavez, lequel, comme sçavoir devez, contre mon parler repliqua et en menaces appliqua ses parolles, en moy disant que luy comme homme mesdisant lyroit à l'empereur noncer pour pouoir mon corps empescher ; si me semble que bon sera et en ce nul ne meffera que vous deux allez doulcement enquerir bien diligemment de son faict par aucun effort en son art cauteleux et fort sermon, et ou que je sçauray qu'il sera je m'y trouveray pour devant tous luy reveler l'erreur dont il se veult mesler et en quoy son corps habandonne.
Line
Allons, puis que Pierre l'ordonne, nous enquerir de l'enchanteur. Ilz vont par la ville ***
Daru
Et ne viendra quelque menteur de ceulx qu'à nostre loy s'opposent ? Helas ! mes outilz se reposent et le maistre ne gaigne rien. Je tempeste, je voys, je vien, je travaille, je quiers, je trace et si ne puis trouver la trace de ceulx qu'à mettre à mort demande ! Que faict Neron qu'il ne commande à mettre aucun meschant à mort, ou Agrippe, qu'il ne s'amort à enchercher et enquerir pour sus quelque meschant courir comment despescher le pourrons ? Où sont hazardeurs, crocheteurs ? Jamais ne me vy si honteux : je ne gaigne pas ma despense. Venez ça ! Sça'vous que je pense qu'à ces corbineurs de justice ne soit venue à leur notice quelque larron en jugement qu'ilz ont perdu secrettement [148c] en quelque rue traversiere aux pendans de leurs gibessiere ? Seroit il jamais advenu ? ***
Porcius Festus
Messeigneurs, je me suis tenu en Cesaree ja trois jours, si me vueil sans autre secours pour ung petit moy deporter en Hierusalem transporter sçavoir quel chere on m'y fera.
Le premier escuyer
En ce rien ne se meffera, si ung peu y faictes demour, vous entretiendrez en l'amour des habitans de la cité, dont en vostre necessité vous pourrez estre secouru, quant ung cas seroit encouru où il y eust quelque danger.
Le second escuyer
Ce devez croire de leger, aussi est force que y allez et vostre cas leur revellez comment estes prevost esleu ainsi que Cesar l'a voulu vous y deussez estre pieça.
Porcius Festus
Scribe !
Le scribe
Cher sire !
Porcius Festus
Or venez ça ; en Hierusalem je m'en voys et pour la cause que je voys touchant pour aucun differend entre Ananyas, reverend, et les aucuns des Saducees. Tant que celles choses passees seront et soyons revenus, ne laissez Paul parler à nulz, prenez audict prisonnier garde, car je le laisse en vostre garde autant que touche vostre vie.
Le scribe
Pour homme qui en ait envie, parolle ne luy sera dicte ny aucunement contredicte vostre volunté : n'en doubtez.
Porcius Festus
A Dieu, et telle ordre y mettez que je m'en voye contente. Il s'en va en Hierusalem ***
Line
parle à Pierre Pierre, nous deux avons esté [148d] par la cité où nous pensons que Symon trouver nous puissons, et nous n'en avons rien ouÿ ; mais dont pas n'en suis resjouÿ et nous pardonnez sans mesdire, Pierre, nous avons ouÿ dire, dequoy nous nous soucions fort, que Symon a faict son effort de vous à l'empereur blasmer disant que voulez blasphemer ses dieux et luy. Voire en maniere qu'il en a volunté planiere conclud avecques Agrippas, que jamais ne passerez pas en vie, se prendre vous peult.
Pierre
Chascun ne faict pas ce qu'il veult : tel cuyde bailler qui reçoit, tel a trop qui à tort se deult, convoytise plusieurs deçoit. Tel pense que à seureté soit que sa pensee chet en doubte, en fin verité se perçoit tel menace qui fort redoubte.
Clete
Nous l'avons ouÿ somme toute, à ce faire se sont submys.
Pierre
Or escoutez moy, mes amys : si les aucuns de la cité ont ouÿ ce cas recité, que de par eulx on racomptoit, Dieu, qui tout sçait, tout voit, tout oyt, tout congnoist, ne pensez vous pas qu'en ce cas ne nous lairra pas contre Symon, ce faulx trompeur ? Ne vous chault, freres, n'ayez peur et m'en laissez le pensement et ne doubtez aucunement qu'en peril la chose entreprinsse. ***
Porcius Festus
en saluant Ananyas Ananyas, reverend prince, le grant Dieu vous tienne en sa grace ! Comme c'est droict que je le face, vers vous viens vous signifier que, s'en moy vous voulez fier, prevost de Cesaree suis qui vous vueil autant que je puis sans aucun fi ny aucun vice faire tout plaisir et service ; l'ung à l'autre sommes tenus.
Ananyas
Porcius, bien soyez venus. [149a] de vostre venue ay grant joye ert de l'office m'en resjoye qui entre voz mains est venue.
Porcius
Ains que soit la nuyct survenue, au logis me convient retraire et demain nous nous pourrons traire ensemble où bon vous semblera.
Ananyas
Nostre conseil assemblera et puis parlerons entre nous.
Porcius Festus
A Dieu, sire.
Ananyas
A Dieu soyez vous, qui vous doint tousjours bon vouloir. Tertulus, je vous fais sçavoir et vous Acar, et vous Avy, vous Millon et vous Hamory, que le nouveau prevost Festus c'est de Cesaree embatus en Hierusalem en ce jour, si vous prye que sans sejour tous ensemble nous nous trouvons au pretoire et nous esprouvons à tous y aller sans tarder de Paul à Festus demander à ceste premiere arrivee.
Tertulus
Voicy chose la mieulx trouvee qu'onques en mon aage je vy.
Acar
Mon cueur est en joye ravy, Tertulus, ainsi ferons tous.
Avy
A ceste heure cy l'aurons nous, pas ne nous en refusera.
Hamory
Veu les termes dont usera nous fauldra en ce proceder.
Millon
O bref il le fault demander et nous verrons qu'il vouldra faire. Nous ne pouons en ce meffaire, mais y debvons entendre ainsi.
Ananyas
Or vous trouvez trestous icy au pretoire et là nous verrons comment à ce cas pourvoyerons. C'est le cas que plus je poursuis.
Tertulus
De vostre oppinïon je suis. Or allons tous jusques au lieu et à l'ayde du puissant Dieu, [149b] soyons de besongner pourveuz. Icy vont au pretoire et dict
Ananyas
Pausa Mes bons seigneurs, sur la matiere emprinse estre songneux debvons en l'entreprinse et curïeux de la chose à fin traire et pour le mieulx Paul devers nous attraire pour sur noz lieux veoir sa chair de mort prinse.
Tertulus
Faire debvons en nostre debvoir, car nous sçavons de certain et de voir que se pouons Paul tenir en noz mains, nous le ferons mourir ne plus ne moins que nous vouldrons et à nostre vouloir.
Acar
Ainsi aura nostre querelle fin, ainsi yra voire quoy qu'il soit fin, ainsi sera de par nous condampné, ainsi mourra que l'avons ordonné et ne luy vauldra ne parent ne affin.
Avy
Se ainsi advient que le puissons tenir, ne le convient en prison detenir, car il survient tousjours quelque nouvelle ; s'en noz mains vient, rien ne se renouvelle, à mort parvient que bref luy puist venir.
Hamory
Il est venu à nostre volunté et detenu soubz nostre auctorité plus soustenu ne sera de tribun ; hache menu [149c] sera devant chascun : assez congneu est qu'il a merité et a cela demerité.
Millon
Si je le prens une foys soubz ma patte et me reprens que mort je ne l'abatte si je mesprens ne soye deffendu en moy comprens que à ce faire mesbattre.
Ananyas
Mes amys, que nul ne se haste, vous lairrez Tertulus parler à Festus et luy reveller le cas, il est de parler maistre. Allons nous au pretoire mettre sans plus y faire de tenue.
Porcius Festus
Bien croy que l'heure soit venue que le conseil des Juifs on oyt et au pretoire il fault qu'on soit pour sçavoir la fin où pretendent.
Le premier
Bien croy que ja vous y attendent, temps sera que vous y trouvez.
Porcius
A moy servir vous esprouvez, si orrons ce qu'ilz vouldront dire.
Le second escuyer
A cel ne voulons contredire, allons sans plus nous retenir. ***
Daru
Qui veult venir, qui veult venir ? Par le corps bieu, je m'y en voys et se d'argent ne me pourvoys, pendu je soye à ung crochet ! Or ça, or devinez où c'est, que mauldict soit qui le dira et qui ja vous accusera de chose que vous vueillez dire.
Porcius Festus
Messeigneurs, sans vous esconduyre, en vostre pretoire viens seoir comme nous conclusmes hersoir ; pour rien ne m'en feusse tenu !
Ananyas
Festus, bien soyez vous venu et vous, messeigneurs, or entrez, puis es sieges vous vous mettrez tant que noz gens proposeront.
Porcius Festus
[149d] Non, non, ilz se reposeront et se rien leur vueil reveller, je les feray bien appeller. Or faictes donc vostre debvoir.
Tertulus
Prevost, vous avez à sçavoir que vostre bon predecesseur et duquel estes successeur en office par le tribun Lysias, sans sceu du commun, fut mandé ung prisonnier prins de nous pour ce que avoit mesprins contre la loy que nous tenons et soubz Cesar nous maintenons et icelluy apprehende par nous, fut du tribun mandé en Cesaree à Felix homme notable et plein de sens, et somme le commun voyant ce meffaict de l'avoir forfaict et deffaict de nostre juridictïon le print en indignatïon ; mais le cas avons debatu secrettement et abatu le bruyt comme faire debvons. Or est vray que bien nous sçavons que, par la haulte providence, vous estes remply de prudence, sage, discret, amoderé, pour quoy avons consideré que vers nul ne voulliez offendre ; mais droict et justice deffendre et quie par aucuns tours soubdains vous ne vouldriez aux citadins de Hierusalem ratifier ny aucuns de leurs droitz oster dont par vostre exaltatïon en nostre consultatïon avons conclud de vous pryer et tres humblement supplyer comme de la justice maistre de Cesaree que remettre le vueillez ou à offense vers nous, et le cas confesse ; et affin que du mal fourny par luy soit de nous tous pugny ; et se coulpable n'est livré, il soit de par nous delivré comme à nostre cas appartient.
Porcius Festus, prevost
Ainsi faire ne m'appartient, car des questïons esparties conviendroit ouÿr les parties avant qu'on en peust discerner [150a] à la verité n'ordonner Item si Lysias manda, c'est homme et le recommanda à la justice en Cesaree ja n'en doit estre separee sa chair pour le transporter, car il est au tribun de Cesar. Et s'il luy plaist qu'il soit rendu le cas et faict bien entendu faict sera, et se autrement jugé à luy comme au souverain juge, chascun de nous s'en doit attendre. Item plus nous voulons entendre et par argument solennel se cestuy cas est criminel touchant la leze majesté. Se ainsi est, par l'auctorité, se doit juger du singulier, pas n'est au peuple seculier à en avoir lea congnoissance ; aussi si par descongnoissance il a contre la loy mesprins, en quelque place qu'il soit prins, le juge est assez suffisant pour estre sa mort pourchassant s'il est digne de mort livrer, ou se juste est le delivrer. Si concludz que vous en venez en Cesaree et amenez les tesmoings que vouldrez produyre, contre celluy qui veult seduyre vostre peuple se dictes vous et devant moy, et devant tous nous orrons ce qu'il respondra.
Ananyas
Or sus ! doncques on produyra les tesmoings et nous trouverrons en Cesaree et prouverons ce que vous avons recité.
Porcius
Besongner voys pour la cité, quant par de là sera soustenu, ainsi que raison si avoye. A Dieu, seigneurs.
Ananyas
Cil vous convoye qui les bons garde de meffaire.
Acar
Ça, seigneurs, que avons nous à faire dessus ceste allegatïon ?
Avy
C'est une prolongatïon si tost l'entendy qu'il parla. [150b]
Hamory
Aller nous fault jusques à là, il est bien de necessité.
Millon
Certes, vous dictes verité, puisque l'avons voulu permettre ; il nous fault la chose à fin mettre. Mauldict soit le paillard mastin !
Tertulus
Sire, donc demain au matin partons nous tout secrettement, et nous nous trouvons clairement en Cesaree : il le convient.
Porcius Festus
Or mes amys, le terme vient que d'icy nous debvons retraire et devers Cesaree traire ; pour tant, mettons nous à chemin.
Le premier escuyer
A cheminer tiendrons la main de quoy pas ne vous desplaira. ***
Sainct Paul
en oraison Mon Dieu, quant il te plaira, ta piteuse misericorde en doulce charité s'accorde à pourveoir à mon piteux cas. Je n'ay pour moy nulz advocatz, je n'ay ame pour ma personne que toy, Jesuchrist que je sonne en ma grande necessité. Voy ma povreté ; tu es verité et pure clarte qui tout illumine. J'ay desja esté deux ans arresté hors de liberté, dont ma joye fine. Le peuple tempte en mal a bouté de tort tourmente ja si long termine ta felicité par sa charité en humilité du cas determine. ***
Le scribe
parlant à Festus Ainsi va qui ainsi chemine, mon seigneur, tant avez allé que en Cesaree desvallé estes, donc Dieu en soit loué.
Porcius
Nous avons huyt jours alloué en Hierusalem et pour tant [Imp. A, 150c] soyons nous à repos mettant tant que ses gens soyent venus.
Ananyas
Plus ne soyons icy tenus, et allons tous en Cesaree pour la matiere desiree estre mise affin exploicter. Icy s'en vont tous en Cesaree
Tertulus
Or cheminons sans cacquetter que nul ne sache l'entreprinse. ***
Daru
N'y aura il personne prinse à celle fin que je m'esbate à les pendre, ou que je les bate que de Dieu chascun soit mauldict ! Chut ! vous ne sçavez qu'on m'a dict : par le grant Dieu, on m'a compté, bien le sçay, je l'ay escouté ; toutesfoys je ne sçay pas bien s'il est vray, mais n'en dictes rien. Voyez vous ? Certes, si feriez et au fort, quant vous le diriez ; je diroye à chascun de vous que vous auriez menty trestous par le fin fond de la gargate ! Dieu pry que le dyable m'abate s'on ne m'a dict ; ouy, gens agus et subtilz que Symon Magus feiyt l'autrier à Neron entendre que la mort se faisoit estendre pour soy aprés ressusciter ; et sembloit qu'il se feist oster la teste dessus le menton, et ce n'estoit fors ung mouton que ainsi feit à bon essïen sembler par art magicïen ; et moy mesmes je m'en doubtay, car quant la teste luy ostay, il sembloit qu'il n'y estoit point comme chair d'homme n'en tel point il y a quelque chose à dire. Ne vous jouez pas à le dire, car à voz dictz contrediray, et par tous noz dieux, je diray que vous mesmes le m'avez dict. ***
Ananyas
venu en Cesaree dict à Festus Festus, sans faire contredict, au terme qu'on nous a donné, nostre chemin s'est adonné dans Cesaree à vous venir, affin de pouoir obtenir la demande que faict avons. [150d]
Porcius
Seigneurs, comme faire debvons, au pretoire nous asserrons et là response nous verrons du prisonnier appellé Paul
Tertulus
Bien respondra, pas il n'est fol si vous le voulez escouter et toutes ses raisons compter : ja ne vous fera resjouÿr !
Porcius
Il nous fault l'ung et l'autre ouÿr et de tous poinctz les enquerir. Scribe, allez le nous querir et l'amenez.
Le scribe
va querir Paul Voluntiers, sire. De par messeigneurs vous viens dire que au tribunal vous vous rendez, affin que aux Juifs vous respondez que venus sont vous accuser.
Paul
Besoing n'a de se excuser : celluy que personne n'accuse et sa tort me voy encuser la puissance de Dieu m'excuse. Se mal ay faict, on le recuse comme larrons accuse on et si c'est en equité que use, helas ! de quoy m'accuse on ? Il parle à Festus, prévost Cil en qui est toute raison, toute justice et equité vous gard : je me suis acquitté de venir comme on me mande.
Porcius
Or sus ! faictes vostre demande, que je sache qu'il vousdra dire !
Tertulus
Ça, Paul, vous voulez vous desdire ny alleguer nul contredict que devant nous vous avez dict que Dieu le Grant vous a parlé et visiblement revellé que vous feussiez d'aller certain annoncer en pays loingtain ceste follye que preschez, en laquelle la loy blessez et foullez horriblement ? Car en la loy avons soubz Cesar que Dieu au prophete parla et de la loy leur revella les estatus et les offices, cerymonies, sacrifices, [151a] qui de nous sont entretenus et esquelz ne sont contenus aucuns des poinctz que vous semez, dont noz estatuz sont blasmes et desolez en chascun lieu. Tout premier, vous dictes que Dieu vous a dit que à son jugement serons jugez terriblement qui n'est pas terme de droicture approuvé par nulle escripture ; et oultre vous dictes aussi que ung ange vous a dict cecy qui est de la loy au contraire, car ainsi il le fauldroit traire aneant et chascun en prendre d'une autre, et nouvelle loy prendre : ainsi l'aves vous offendu.
Saint Paul
Tu as assez bien entendu et licitement escouté, mais non pas au vray racompté : je t'ay dit et à tout le monde que qui veult de vice estre munde et vivre pardurablement doit croyre le commandement de Dieu comme il a ordonné ; et puis t'ay dit qu'il m'a donné, et bien entendre le devois, sa digne et precïeuse voix qui m'a par sa grace adverty que de mes freres diverty seroye en contree loingtaine, par sa saincte foy tres certaine que pas ne faict à oublier : "Aller noncer et publier !" Voyla ainsi que je l'ay dit.
Acar
Declaire nous aucun edict de celle que ta bouche sonne.
Sainct Paul
Je vous ay dit que la personne qui venir veult à saulvement doit croyre affectueusement que Jesus est vray filz de Dieu, que crucifiastes au lieu de Hierusalem la cité. En oultre vous ay recité que croyre fault sans fictïon sa vraye resurrectïon et que aussi virginallement fut conceu, que reallement est oultre pouoir de Nature ; ainsi print son corps par droicture l'ame qui s'estit separee, [151b] dont fut dignement reparee nostre povre nature humaine par sa puissance souveraine ; et que, selon que viverons, en la fin tous jugez serons pour avoir en gloire eternelle, la lumiere sempiternelle qui a jamais ne cessera à cil qui sans peché sera. Et les pecheurs lors condampnez seront à dampnement dampnez mors, quant à la beatitude vifs, en peine infernalle et rude à tousjours pardurablement. Et si t'ay dit que justement veult à celluy bien parvenir et ceste gloire retenir dignement avecques son ame, laver fault la chair de baptesme estably que je vous conferme et vivre en la saincte loy ferme : voyla que je vous ay presché.
Ananyas
Ne nous as tu pas annoncé que Dieu t'a ce faict ramentu ? Ça, comment nous prouveras tu ? Comment nous feras tu entendre ? Comme ce peult ce mot estendre que Dieu voulsist à la personne parler, comme ton dict consonne et que le dire ne nyé as ?
Sainct Paul
Entendez bien, Ananyas, que Dieu m'a commandé ; tu m'as demandé ; saches qu'en Damas ung preudhomme fort ancïen moult loyal à bon essïen donnant à plusieurs bon chastoy ; et est nommé ainsi que toy Ananyas : or moy estant les chrestïens persecutant divers, pervers, felon, horrible, criminel, oultrageux, terrible, Dieu, voyant mon affectïon, desira ma saluatïon. et ainsi avoir executé iceulx, je fuz persecuté et de mon cheval abatu et des verges mon Dieu baty tant que la veue je perdy, dont à l'heure moult mesperdy ; et toutesfois, Dieu commanda à Ananyas et manda son ange dire au bon preudhomme [151c] qu'il me rendist la veue somme, et ainsi de luy la receus du pouoir du Dieu de lassus qui par son ange luy parla et ce faire luy revela. Ainsi fist à deux pelerins devisans de cueurs enterins cheminans au chasteau d'Emaulx des angoisses et des travaulx qu'on avoit au jour de la feste faict endurer au sainct prophete : c'estoit Cleophas et Lucas. Et ainsi qu'ilz parloient du cas, demonstré a sa passion en pitié et compassion : Jesus, le benoist filz de Dieu s'apparut des deux au meillieu et avecques eulx devisa de quoy nul d'eulx ne s'advisa jusques alors qu'il leur partit le pain sans cousteau, puis partit que depuis ne le veirent oncques. Helas, t'esmerveilles tu doncques si sa haulte benignité m'a en treshumble humilité adverty de mon saulvement.
Tertulus
Or nous declaire clairement comment tu as de dire envie que Jesus, ton Dieu, est en vie quant tu sçais qu'il fut à mort mys maulgré sa mere et ses amys et estendu dessus la croix en souffrant la mort !
Sainct Paul
Si tu croys que Juifs en ceste querelle touchant à sa mort corporelle luy feissent souffrir, et entrast en esprit qui ne penetrast, tu te monstres trop incredure, si l'esperit d'ung dampné dure en peine à perpetuité aprés que l'esprit unité aura tousjours avec son corps. Peulx tu au vray estre record que luy, qui est Dieu tout parfaict, que luy qu'en pouoir avoit faict de sa grande perfectïon sa vraye resurrectïon par auctorité solennelle puis vivre en gloire eternelle et d'icelle grace pourveoir où il a son plaisir pour voir : [151d] de ce ne vous convient doubter.
Acar
Ba ! qui le vouldroit escouter, c'est à jamais ! Nous protestons contre luy, et nous submettons à tesmoings contre luy trouver qu'en ce qu'il a peu controuver a contre la loy offensé et mandement de Dieu passe en tant que la gloire attribué estre à soy, que Dieu distribue aux prophetes de nostre loy.
Porcius
Ça, que luy respondz tu ?
Sainct Paul
Bien loy mais raison ne voy en ses dictz : Oncques ne meffeis ne mesdis en ce cas ne aux Juifz ne feiz mal ne au temple ne meffeis n'encontre Cesar nullement n'ay offensé aucunement ; je ne sçay que me demandez.
Porcius
Or ça, Paul, or me respondez pour ce qu'en icelle altercace voy que contre vous advocace ce peuple, dont bien discernez ne pouons si ny ordonnez ainsi qu'à ce cas appartient, comme il luy semble, et fort soustient icelle erreur encontre vous ; pour tant, voulez vous devant tous que je vous remette en la voye et en la cité vous envoye de Hierusalem abreger ceste querelle et vous juger et la justice la querons.
Les juifs
sçavoir est Acar, Hamory, Avy, Millon, Ananyas et Tertulus disent en semble. Sire, nous vous en requerons qu'ainsi soit faict en general.
Sainct Paul
Festus, je suis au tribunal de Cesar où si j'ay mesprins doit estre mon jugement prins selon de droict la droicte usance. J'en ay faict aux Juifs nuysance comme bien sçay, si j'ay faict chose digne de mort, pas ne m'oppose à mourir, la justice quiers et si meffaict n'ay, je requiers estre exempt de ces Juïfz, car [152a] J'en appelle devant Cesar à qui ma seurté appartient.
Porcius
Selon l'oppinion qu'il tient ; ça, scribe, ça, que vous en semble que j'aye de tous vous ensemble de chascun son oppinïon ?
Le scribe
Se ainsi doit estre pugny, on ne doit le contredemander. Se justice veult demander à Cesar, qui est nostre chef, on ne luy doit faire meschef ne gref sur l'appellatïon.
Le premier escuyer
Selon sa revelatïon, il a dit cy en general qu'il est en cestuy tribunal au nom de Cesar estably. Pas n'ay mis ce mot ou oubly ; puis qu'en la juridition Cesar avez commission d'executer licitement, vous ne devez aucunement la juridictïon restraindre pour à ung autre le contraindre, pas n'en seroit Cesar content.
Le second escuyer
Qui bien ceste matiere entend, puis que par luy vient à notice qu'il appelle soubz la justice Cesar où l'appel a sommé, à Cesar doit estre mené et que la sentence il ordonne.
Porcius
Seigneurs, ains que jugement donne touchant ce qu'avez devisé, entendez que j'ay advisé touchant son excusatïon contre vostre accusatïon : pour cas que sur luy on contreuve, quant est à moy, en luy ne treuve aucun crime en nulle maniere dont sa personne prisonniere doive condampner nullement. S'il a parlé si follement durant de luy et vous l'estrif de dire que son Dieu est vif, que nous chault si à ce s'amort de sa vie ne de sa mort ? Et s'il est mort et ayt menty et se est follement converty et son esperit pert et dampne, fault il que son corps je condampne [152b] à mort, à peine ou à meschef ? Non. Le jugement vient au chef de la loy, vous le sçavez bien. Ergo nous n'y avons en rien causé sur l'altercatïon sinon par vindicatïon. Par quoy je concludz cy endroit pour ne oster à aucun son droict veu qu'en parolle a revel qu'il est à Cesar appellé soubz l'appel à Cesar yra et par Cesar pugny sera et jugé en sa conscïence. Messeigneurs, ayez pacïence et chez vous vous vueillez retraire pour ceste matiere à fin traire : il sera à Cesar mandé.
Ananyas
De tout ce qu'avons demandé voyons le contraire evident.
Tertulus
Tout le rebours est commandé de tout ce qu'avons demandé.
Porcius
A luy s'il n'y est commandé, yra comme au chef tres prudent.
Acar
De tout ce qu'avons demandé, voyons le contraire evident.
Porcius
Où Cesar sera resident yra ; or à Dieu, mes amys.
Ananyas
A Dieu soyons à chemin mys comme gens à demy confus.
Acar
Oncques nul jour si esbahy en fus oncques ne fus en mon cueur moins plaisant.
Avy
Oncques ne fus si despit de refus, oncques ne fus pour rien si desplaisant.
Hamory
Oncques ne fut nouvelle si nuysant, oncques ne fut en cité telle perte.
Millon
Oncques nul cas ne me fut si nuysant, sa cautelle est contre nous trop apperte. ***
Titon, disciple
Exosus, selon la desserte Dieu donne aux hommes le loyer, pour quoy nous devons employer à songneusement peine prendre pour la foy Jesuchrist apprendre à chascun courage incredure [152c] a qui la conscïence dure ne peult par humble affection venir à la perfection de la gloire que desirons. Pour ce, vous dy que nous yrons à present Sydrac et moy somme, devers Pierre jusques à Romme sçavoir qu'il nous commandera.
Sydrac
Nul de nous ne demandera autre chemin ne autre sente, car c'est raison que de nous sente la volunté et le courage.
Exosus
Jesus vous doint faire voyage qui soit à vostre saulvement. Commandez moy tres humblement au bon Pierre et aux autres tous ; je demourray icy, et vous yrez à Romme et sur le lieu. A Dieu vous dy, freres.
Titon
A Dieu qui vous vueille tousjours transmettre ce dont aurez necessité. Icy Titon et Sydrac s'en vont à Romme. ***
Agrippe
parlant à ses gens Seigneurs, il m'est prins volunté d'aller sans plus de demeuree d'icy jusques en Cesaree et là saluerons le prevost Porcius ung homme devot aux dieux et de tres bonne vie par quoy j'ay de le veoir envie et vers luy nous nous pouons traire, car quant nous ferions le contraire de luy, nous nous estrangerion. Pour tant, messagier Gerion, appellez moy Martinien, le bon chevalier ancïen, et Procés, chevalier aussi homme discret, qu'ilz viennent cy voire tost et diligemment.
Gerion
Vous les aurez tout prestement sans sejourner ne peu ne point.
Agrippe
Sus, sus ! chascun se mette en poinct, chevaliers, que chascun s'appreste !
Antipater
Desja est ma personne preste quant vostre gré sera partez. [152d]
Blascus
Seulement en poinct vous mettez, Ravissant, sus acoup !
Ravissant
Je y voys ; quant à la departie boys ja ne fault que pour moy on tarde.
Gerion
Martinien, le Dieu vous garde qu'il vous dointy en sa grace avoir. Par Agrippe vous fais sçavoir que vous, et vous, sire Procés, venez sans faire long procés devers luy, car ainsi le mande.
Martinien
Gerion, puis qu'il le commande, à son vouloir obeyrons.
Gerion
Cy vous attendz, puis partirons et vers eulx yrons tous ensemble. *** Icy Tyton et Sydrac arrivent à Romme.
Titon
, disciple A Romme sommes, il me semble, que vers Pierre tirer devons.
Sydrac
A ce fault que nous esprouvons, allons veoir comme il se deporte.
Titon
J'apperçoy de son huys la porte ; Sydrac, allons jusques à là.
Sydrac
Haula, de par Jesus !
Sainct Pierre
Qui est là ?
Titon
Amys !
Sainct Pierre
Qui est ce qui là sonne ?
Sydrac
Ha ! Pierre, tres juste personne, le Dieu en qui croyons vous garde.
Sainct Pierre
Cil vous ayt en sa saincte garde ; dont sont les bons freres ?
Titon
Nous sommes Sydrac et moy, deux povres hommes des biens mondains et en tout lieu riches de la grace de Dieu, s'il luy plaist.
Sydrac
Ainsi l'esperons. Nostre vie vous compterons : de Patras sommes la cité [153a] où baptisez avons esté par André qui est trespassé et est de ce siecle passé en l'autre, où chascun bon cueur tire par la palme de vray martyre soubz le tyrant prevost Egee, duquel la femme a baptisee, et aprés de André le trespas, jour et demy ne tarda pas, puis le sainct homme despesché que les dyables en plain marché au prevost rompirent le col.
Tyton
Le povre miserable fol, de cela puis je estre recordz, l'emporterent en ame et en corps en enfer comme chascun dict.
Sainct Pierre
Puis qu'à Dieu son ame rendit ayant contre leurs faictz victoire, es cieulx est, c'est chose notoire. Hé, André, André,bon preudhomme, plus ne me fault demander comme ton corps en ce monde se porte, puis que ton ame se deporte en la gloire de paradis. Enfans, servez bien Dieu tousdis et allez dedans la cité ; et là soit par vous recité le Sainct Esprit devotement pour querir vostre saulvement, et vous ferez vostre debvoir.
Tyton
Or à Dieu jusques au revoir qui vous deffende de misere.
Sydrac
Or à Dieu, Pierre.
Sainct Pierre
A Dieu, mon frere, qui tousjours vous vueille pourveoir. Je voys à l'hostel Marcel veoir pourquoy il s'est tant desvoye que acroire s'est advoye ce fol et mauldict enchanteur, ce fantosme et fol menteur qui à son dampnement le tire.
Marcel
Ha, dea ! comment ne qu'esse à dire ou pensay je ? Qui me feist mettre avec celluy que tiens à maistre que chascun nomme meschant homme estre verité ou fantosme. Je y pense des fois plus de six.
Sainct Pierre
à Marcel [153b] Que faites vous icy assis, Marcel ? Que pensez vous, beau sire ?
Marcel
A peine le sçauroys je dire, car la plus part du temps despense et si ne sçay à quoy je pense, au moins si je le sçay en rien, mon penser ne congnois je bien parfaictement si bien me voye.
Sainct Pierre
Hé ! mon enfant, prenez la voye de salut et laissez ester, c'est enchanteur qu'en son vanter folz faict croire comme sçavez. Congnoissez le vray et soyez entendant ce qu'il dict et faict. Apprenez du vray Dieu parfaict, la science, si ferez bien.
Marcel
A luy voys et si je revien, plus au long parlerons ensemble.
Symon Magus
Ha ! dea, qu'esse à dire ? Il me semble que Pierre voy passer souvent, ainsi l'ay à noz dieux convent vers la maison Marcel ; or chut. ha ! par Dieu, il luy est meschut, si jamais revient sur ce lieu.
Martynien
Or nous tirons devers le lieu Agrippe, car il en est temps.Il retourne à Agrippe qui va en Cesaree.
Procés
Soyons nous à chemin mettans pour vers le palais cheminer.
Gerion
Je voy Agrippe pourmener voy le là où il nous attend.
Procés
Allons sçavoir où il pretend nous mander, car obeyssant luy serons.
Martynien
Le Dieu tout puissant Agrippe, prevost vertueux, vous garde ! Nous sommes songneux de vous servir où que soyons et faillir point ne vous vouldrions, cher sire, en cestuy cas ne en autre.
Agrippe
Sire Martinien, A Dieu soyez recommandé. Sachez que vous ay demandé et vous, sire Procés aussi, [153c] pour ce que je m'en vueil d'icy jusques en Cesaree aller et en passant renouveller à Festus, le nouveau prevost, le salut, pour ce par tous tost, car de pis valloir n'en pourrons.
Procés
Cheminez et nous vous suyvrons, voluntiers faire le debvons.
Ananyas
Je forcene que faire ne pouons à nostre gré de Paul, cest enchanteur. En desespoir mourray si nous n'avons entre noz mains ce meschant seducteur. Festus nous a refusé ung menteur dont pas ne suis en courage content de soustenir contre nous ung flateur ; je ne sçay pas à quelle fin il tend.
Tertulus
Aucune chose en cestuy cas pretend que pas ne dict ne sçay que ce sera, mais tel felon qu'en pacience attend, duquel le mal ung tour se passera, mais ma douleur en ce ne cessera tant que l'ayons ung coup entre noz mains ; à ceste heure chascun pourchassera du gabuseur la mort ne plus ne moins.
Acar
Qu'en fera il quant il l'aura garde, que luy vauldra d'ung prisonnier la garde, quant l'ay en moy à ce cas regardé, je n'entendz pas à quelle fin le garde, qui bien parçoit cestuy cas et regarde prouffit ne peult avoir de le garder, son appel fut de son corps sauvegardé soubz cestuy poinct le veult contregarder.
Avy
Or on verra s'il le fera mener devant Cesar des Rommains empereur et s'il sera digne de condampner et si aucun refraindra sa fureur. Aucun pour luy ne sera procureur, aucun n'aura qui sa partie tienne, aucun ne sçay qui d'ung si grant menteur en nulle rien sa querelle soustienne.
Hamory
Si nullement de sa prison l'ostoit, ou se voulsist par argent esprouver et sur les champs par argent esprouver et sur les champs de rechef se mettoit où le peussions entre noz mains trouver, là ne vouldroit sa mensonge esprouver, mais se vouldroit chascun demonstrer maistre à luy pour son erreur bien reprouver et par fureur son corps en pieces mettre. [153d]
Millon
Enquerons nous comment la chose yra secrettement pour veoir qu'il deviendra. Enquerons nous quel chemin choisira tout coyement et puis or on verra. enquerons nous comme il y pourvoyra sur son appel, et selon que verrons comme en raison sur ce cas convenra si bien ne faict nous tous y pourvoyrons. Icy se mettent à part et soient pres d'eulx Ruben, Benjamin, Ysac et Ysmael. ***
Agrippe
quant Porcius Festus verrons, grant plaisir aura de nous veoir. Gerion, va faire sçavoir nostre venue à Festus; va !
Gerion
Je y voys.
Antipater
Pieça ne se trouva si joyeulx que de l'arrivee.
Gerion
Sire, prevost de Cesaree, ceste heure je vous notiffie que Agrippe, qui en vous se fie, vous vient en passant saluer.
Porcius
Dieu luy vueille revalluer son salut ; au devant luy voy.
Agrippe
parlant à Festus Ne bougez de là où vous voy ; Festus, prevost, comment vous va ?
Porcius Festus
Sire, pieça ne se trouva mon corps si joyeulx que je suis, quant en ce lieu veoir je vous puis, combien que pas ne m'appartienne que vostre seigneurie vienne au lieu où vous voy face à face.
Agrippe
Festus, bien appartient qu'on face honneur en amour sans faveur aux officiers de l'empereur en ce point que raison le sonne ; et oultre plus vostre personne est digne d'avoir ce regard et plus grant. Seigneur, Dieu vous gard, de qui soyez entretenu !
Le premier escuyer Festus
Sire, bien soyez vous venu, Dieu vous gard d'ennuy recevoir.
Le second escuyer
Cil vous vueille en sa grace avoir. [154a] noble prevost le tres prudent.
Agrippe
Puis que voy par cas evident que vostre corps est en bon poinct, du surplus ne demande point, car à cela plus n'advisons ; mais seons nous et devisons de ce que de nouveau sçavez.
Porcius
Tres cher sire, sçavoir devez que au tribunal ce soir où suis, auquel la justice poursuys et duquel je suis possesseur ; puis Felix, mon predecesseur, icy decede derrenier laissé me fut ung prisonnier lÿé estroict en fors lÿens, lequel est encores leans et est vray que puis ma venue m'est la commune survenue, c'est assavoir qui est partie de Hierusalem, qui partie contre luy qui est detenu se firent. Or est advenu qu'à ses Juifs dont encuse il fut, c'est tres bien excusé contre leur accusatïon ; et oyant l'excusatïon à quoy relicquer je ne doy audit prisonnier demanday si avec eulx vouloit aller en Hierusalem reveler son cas, et pour ung abregé estre là des Juifs juge, par lequel me fut respondu que aux Juifs n'avoit offendu ny à Cesar en nulle rien ny à la loy, et vouloit bien s'il avoit la mort desservie prendre en gré de perdre la vie, et s'il n'avoit mal merité qu'il fust hors de leurs mains osté, voylà comme son dict couchoit, nous disans que tant qu'il touchoit la pugnitïon de sa char qu'il en appelloit à Cesar et que à Cesar appartenoit la congnoissance et soustenoit le cas. Et puis quant j'entendy, son parler plus je n'attendy à dire que le garderoye et à Cesar le manderoye. Si vous pry, prevost redoubté, que je oye vostre volunté [154b] et si j'ay mesprins en ce faict.
Agrippe
Mais avez tres sagement faict et comme juge tres prudent, car cestuy cas est evident si son appel a ordonné à Cesar, estre y doit mené pour à son plaisir le juger, mais bien vous vouldroye prier que tant me facez de service si possible est que je le veisse et qu'à sa personne parlasse, car à telz choses se soulasse, chascun corps qui raison entend.
Porcius Festus
Sire prevost, j'en suis content. Demain au matin le verrez et selon ce que vous orrez vous ferez à vostre plaisir. Retirons nous tout à loysir, puis demain on y pourvoyra. ***
Aristarcus, disciple
Tant que mon povre corps verra Paul, je n'auray en moy lÿesse, car sur la terre celluy esse en qui j'ay plus d'affectïon. Las ! où prent il refectïon, qui le pense, qui le soustient ? He ! Paul m qui en prison te tient Jesus luy vueille pardonner, et delivrance à toy donner comme il en est necessité. Au tribunal de la cité est arrivé des hier au soir Agrippas ; là me yray asseoir pour quelques nouvelles ouÿr.Pausula Amys, Dieu vous vueille esjouÿr qui cy vous estes esbatus.
Lucas, disciple
Aristarcus, moy et Tytus attendons que de Paul fera pour sçavoir la fin ; on verra son cas. Bien faison, ce me semble.
Aristarcus
Or attendons nous trois ensemble la bonne volunté de Dieu et le fuyons de lieu en lieu au moins s'il a de nous mestier. ***
Daru
Mais de quoy me sert mon mestier de sejourner en tel arroy ? Mais de quoy sert Daru le roy ? Par mon ame, quant je m'advise mieulx viveroys à ma devise, [154c] o mes compaignons, chascun jour que d'estre au palais à sejour, ce n'est pas ce que je demande. Et je m'en voys sans qu'on m'y mande par la cité veoir qu'on y faict et s'il y a quelque meffaict, alors mon art se desployra.
Porcius Festus
Sire, chascun bien s'employra, quant ce sera vostre vouloir de faire venir comparoir Paul icy en vostre presence à celle fin que vous recence ce que luy sera demandé.
Agrippe
Et beau sire, qu'il soit mandé pour nous de son cas enquerir.
Porcius
Or sus ! scribe, allez le querir et que cy nous soit amené !
Le scribe
A ce plus n'aura sejourné, se je y faulx, faictes moy occire !
Porcius
Or vous seez et voz gens, sire, pour mieulx l'ouyr à vostre gré.
Agrippe
Chascun de degré en degré se see cy, pour nous esbatre. Chevalliers, seez vous tous quatre, Martinien et vous Procés, Antipater pour ce procés ouÿr. Or sus ! asseez vous jus, seez auprés de luy, Blascus, sus ! escuyers, Antigonus, Epyphanés, qu'il n'y ait nulz qui n'escoute qu'il vouldra dire.
Le scribe
parlant à Paul Sa, Paul, venez sans contredire au tribunal où Agrippas vous attend. Ne refusez pas : d'ouÿr veult vostre cas compter.
Sainct Paul
A qui me vouldra escouter, la pure verité diray et à ce ne contrediray : Dieu vueille que ce soit pour bien. Icy vont vers le prevostPausa
Le scribe
Prevost, devers vous je revien, et vous ay cy Paul amené : soit enquis ou examiné, voy le cy de vous ou meillieu.
Porcius
[154d] Prevost des Rommains en ce lieu et à vous tous les assistans, cest homme vous suis presentans qui est de grans maulx oppressé par les Juifs qui m'ont pressé, moy en Hierusalem estant, et quasi en eulx protestant contre moy, si ne leur livroye et en leurs mains le delivroye, disant que de tenir n'est digne et de plus vivre estoit indigne ; mais en quoy que soit approuvé, quant est à moy, je n'ay trouvé en nulz des cas où il s'amort chose dont soit digne de mort. Son examen bien averé, et veu que suis deliberé de le mander à l'empereur, affin d'eviter sa furenr ne luy sçay en heure presente que rescripre, si le presente à vous, et par especïal à vous, filz de roy principal des Rommains dont je me rescroye. Tien, Herodes, affin que j'oye ton vouloir, car je te dy bien qu'en ce povre je ne voy rien que tu voys si humilié, par quoy il doyve estre lÿé, si en dictes vostre vouloir !
Agrippe
Or ça, Paul, tu as à sçavoir, puis qu'en nostre presence es mis et pour toy parler t'est permis à la verité en ce lieu.
Sainct Paul
les mains vers le ciel En la puissance de mon Dieu, pour respondre je me presente et de verité ne m'exempte et aussi nulle raison nesse : sire, je feuz des ma jeunesse pervers, inique executeur, et des bons grant persecuteur ; et celle persecutïon mettant à executïon, Dieu de ses verges me frappa qui fort ma fureur attrempa et du cheval me trebuscha ; et puis à soy il me hucha, car la veue me fut tuee et par luy puis restituee soubz Ananyas de Damas. Et quant ce miracle je vy, [155a] fuz en mon courage ravy du tout en son digne service, affin que s'amour desservice et bon chrestien je devins, puis en Hierusalem m'en vins où la foy de Jesus preschay et les articles annonçay contenues dedans la foy, et espandues en la loy. Lors fuz des Juifs accusé en disant que j'avoye usé contre leur loy oultre raison. Là fus detenu en prison soubz Lysias, leur grant tribun. Adonc le desloyal commun, qui a toute injure s'amort, alla fort desirant ma mort jurant ung serment non leger de jamais boire ne manger que mort ne feusse ; et Lysias dict en soy : "peuple, choisy as la mort de Paul que tiens icy, mais pas il n'en yra ainsi." Et là a ses gens commanda moy amener et me manda en son hostel tres bien gardé. Voyla mon faict bien regardé. Je n'ay esté en chose nulle , en quoy j'ay esté incredulle à la celeste visïon, mais en doulce provisïon à ceulx de Damas revelle. J'ay es lieux où je suis allé en Hierusalem l'ay noncyé, dont mon createur remercye, affin qu'ilz feissent penitence, dont bien deusse avoir quittance en ce faisant en chascun lieu tout pour les convertir à Dieu, ce que je croy estre possible. Vous semble il chose impossible à Dieu de nous ressusciter ? Je cuidoye moy presenter pour tout bien, pour toute equité, et comme m'en suis acquité sans à nul vice regarder, me vueille Dieu toujours garder, car j'ay dict sans nul contredict ce que les prophetes ont dict estre advenu de Jesuchrist, et comme Moyse a escript de son pouvoir en tout possible. Et comme il n'est point impossible et s'il a esté la premiere [155b] tres vraye et heuree lumiere de resurrectïon mortelle n'est la chose puis sa mort telle a annoncer au peuple ne sans cause d'estre condampné.
Porcius
Ha ! Paul, Paul ! tu es obstiné : l'escripture dont te dis maistre te faict en la follie mettre et parler autrement qu'à poinct !
Sainct Paul
Fol obstiné ne suis je point, mais je parle à la verité, et qui est, et m'a escouté juste ; bien entend tous mes dictz : le filz du roy à qui les dis, et ne treuve erreur en ce pas. Herode Agrippe, croyez vous pas aux escriptures des prophetes ? Je croy fermement que si faictes. Croyez vous pas ce qu'est escript et par eulx du Dieu Jesuchrist ? Croyez pas ce que sainctement en ont escript si justement ? Croyez vous ce qu'ilz en disoient et les dictz en quoy ilz croyent où ilz veoient pour l'advenir figure, qui devoit venir dessus terre le messias ? Ne l'as tu pas eulx leu,? Si as ! Ne croys tu pas qu'il est venu, ne croys tu pas estre advenu tout ce que advenir en devoit et que leur figure on prouvoit sans controuver aucun deffault ?
Agrippe
Ha ! Paul, Paul, bien petit s'en fault que ne m'admonnestes icy à estre chrestïen ainsi que les autres et toy le sont en ceste loy demourer vont par la terre de lieu en lieu !
Sainct Paul
He ! filz de roy, je prie à Dieu que soyez de peché exemptz, toy et tous ceulx icy presns en ceste assemblee ceans ! Comme moy fors que les lÿens pas n'en auroye desplaisir.
Agrippart
Festus, vous m'avez faict plaisir, dont je suis de vous tres content.
Martinien
Qui le cas de cest homme entend [155c] qu'à tant travailler on s'amort ? Son cas n'est cause de sa mort et ne sçauroit nul soustenir par droict qu'on le doyve tenir en lÿens ny emprisonné.
Procés
Selon ce qu'il a raisonné il ne doit par nulle raison estre detenu en prison ; à moy il le me semble ainsi.
Agrippe
Festus, croy que cest homme cy s'il n'eust à cesar appellé, s'en deust estre delivre allé ? Et quant à moy, cause n'y voy par quoy il doye avoir renvoy aux Juifs pour estre lapidé en l'estat qu'ilz ont demandé. Mais quant à moy, je concluroye et par oppinïon diroye que fust à cesar envoyé et à naviguer avoye et que Paul fust donné en garde à homme qui bien s'en print garde soubz qui il fust en habandon et qu'ilz passent par Sydon ; et là fust Paul à terre mys pour visiter ses bons amys ayant espace de les veoir et à ses besongnes pourveoir et donner à aucun la charge.
Porcius Festus
Ça, Julio, je vous encharge que Paul meneez, je le vous somme à cesar, l'empereur de Romme, et que luy livrez pleinement et bien luy declairez comment il a devant luy appellé ; par quoy on nous a revellé que mandé luy soit, et prenez cestuy voyage et le menez par le chemin bien seurement.
Julio, premier escuyer de Festus
Je le feray diligemment, mais il me fault avoir des gens et à ce seray diligens et peine et diligence forte, aussi suis je de la cohorte auguste cesar, ce sçavez, dont en moy fïer vous debvez et suis soubz luy centurïon.
Agrippe
Je vous bailleray Gerïon qui avecques vous s'en yra [155d] et à ce ne contredira, puis que de mon gré si avoye.
Aristarcus
Messeigneurs, pour Dieu, que la voye ne soit sans moy, puis que Paulus menez ; soye par vous esleuz fort à y aller, je vous pry !
Tytus
Et moy, pour Dieu !
Lucas
Et moy aussi ! Fors en bien, nous ferons devoir.
Julio
Sus ! il n'y en peult trop avoir à voz mains vueil la main tenir ; à ce vous voulons retenir : vous nous ferez quelque deport.
Porcius Festus
Or sus, sus ! tirez vers le port veoir si patron vous trouverez avec lequel navuguerez ! Ça, Paul, sans nulle resistence, nostre advis par nostre sentence est tel que cy est revellé que là où avez appellé soyez mené et qu'on vous baille à Julio, et qu'il travaille de vous y mener seurement et le deslÿez hardiement et menez au port avec vous.
Julio
Congé prenons de vous trestous, à vostre licence, Festus.
Sainct Paul
Allons, preud'homme Aristarcus, pour Dieu avecques nous venez et compaignie nous tenez ; et vous Tytus et vous Lucas, qui congnoissez au vray mon cas, venez à ce voyage emprins !
Aristarcus
En ce point l'avoye entreprins et jamais à mort ny à vie n'auray de vous laisser envie où que soyez, je vous asseure !
Tytus
Ny moy si Jesus me sequeure avec vous la mer passeray je.
Lucas
S'il plaist à Dieu, aussi feray je, je ne vous lairray en nul lieu.
Porcius
A Dieu, Paul.
Sainct Paul
Monseigneur, à Dieu qui vous doint ce que desirez ! Icy s'en vont au port, et dict Julio au patron. ***
Julio
Patron !
Patron
Hola !
Julio
Vous nous direz le chemin que faire voulez et le voyage où vous aller, car partir voulez, je le voys.
Le patron
Par ma loy, messeigneurs, je voys comme j'ay ma voye choysie de ce port cy au port dAsie , s'en grace Dieu me faict ce don.
Julio
Et de la ?
Le patron
Au port de Sydon du port me fault entrer dedans.
Sainct Paul
Le demourant tous mes parens, s'il plaist à Dieu, je les verray.
Julio
Et de Sydon ?
Le patron
Je passeray en Chippre et or puis en Sichie et de la jusqu'en Pamphilie, s'il plaist à Dieu, nostre guydon, et yrons au port de Guydon.
Julio
Vous yrez là ?
Le patron
Ce feray mon, puis à Crethe pres de Sammon, et puis prendrons nostre deport, se dioeu plaist, d'aller à bon port piés de Thallasse la cité.
Julio
Le chemin qu'il a recité est proprement ce qu'il nous fault. Se vent et maree ne fault, d'avec vous ne departirons tant que tous à Romme serons ; à naviguer vous avoyez.
Mathelot
Et serons nous ainsi payez, que tousjours payer je nous voye !
Le patron
Mathelot, appaise ta voix [156b] et ne te chaille du payement ! Lasche la voylle vistement, car nous avons le vent à gré !
Sainct Paul
Chascun de degré en degré se mette de Dieu en la garde ! ***
Daru
Quant à ma personne regarde, j'estoye, si Dieu eust voulu à veoir mon corps, pour estre esleu assez homme pour en arroy estre prince, prelat ou roy, pour en triumphe avoir vescu ; j'ay les jambes jusques au cu, j'ay la cuysse jusques au tallon, j'ay la barbe jusque au menton, j'ay le ventre jusques au bout, j'ay piedz et mains et teste et tout, ne suis je bel homme forme. Et qui seroit bien informé de la vaillance de mon corps, et seroit de mes faictz recordz ou par le grant Dieu, je seroye en des lieux où me trouveroye digne d'avoir beaucoup de charge ; mais ja ne fault qu'on me descharge à ce ne seray je trouvé. ***
Le patron
Seigneurs, nous sommes arrivé à Sydon ; voys en vy le port. ***
Julio
Sus ! Paul, allez prendre deport vers voz amys pur leur donner soulas, aussi pour ordonner de voz besognes, et en tant nous nous en yrons departant en aucun lieu de la cité. Gerion, vous estes cité à compaignie luy tenir, Aristarcus, sans retenir, Tytus et Lucas, s'il luy semble bon, allez y tous quatre ensemble, car licence vous en donnons, et ainsi faire l'ordonnons et soit nostre voylle tappie !
Sainct Paul
Julio, je vous remercie.
Le patron
Icy nous vous attendrons et la barcque radoubberons. Il y convient monstrer carenne et ung peu la fienner, car el ne peult plus le tourment endurer. Ilz acoustrent leur barque.
Mathelot
Pour mieulx à ce vent cy durer, virer la fault de ceste bende.
Le second mathelot
J'auray de haller la prebende et à ce faire je m'accorde.
Le patron
Or sus, sus ! halle ceste corde, et sur ce costé la couchon ! Ilz acoustrent le mast.
Mathelot
Elle y est acoup despeschons, affin qu'aprés on la devalle !
Le patron
Halle, halle !
Les deux mathelots
ensemble Hau, halle, halle !
Le patron
Ha, ha, ameine, ameine !
Les deux mathelotz
ensemble Tyre !
Le patron
Ha ! bon voyage face !
Les deux mathelotz
ensemble Vire !
Le patron
Hau, tire, tire !
Les mathelots
quarque, quarque
Le patron
Hé, en bon voyage 5 syll. vers isolé bon faict voguer, je le recolle.
Les mathelotz
Et molle, molle, molle, molle, Dieu doint que la chose bien aille !
Le patron
Sus ! à la bousque ribaudaille ! Icy faignent fondre pege et brusler la barque, et nul ne se doit monstrer. ***
Ananyas
Tertulus, il fault que vous die mon vueil, affin qu'on remedie à la grant perte incomparable au dueil, au mal irreparable, à l'ennuy, au greg deshonneur que par ce pervers sermonneur Paul l'enchanteur, fol enchanté enchantant par diversité nostre peuple nous averra qu'à ces abbus ne pourvoira, car je sçay et ne le vous nye que transmis est en Rommanie à Cesar et hors de noz mains.
Tertulus
[156d] Il est ainsi, ne plus ne moins, sachez que l'appellatïon par luy faicte en dilatïon et proongatïon de vie luy meine, dont je meurs d'envie que n'avons de ce cas icy, veu la fin.
Ananyas
Puis qu'il est ainsi, de noz Juifs appellerons et en public revellerons nostre vouloir, pour mieulx sçavoir quel conseil pourrons d'eulx avoir sur ce cas qui est advenu. Appellez nous Trotemenu, Agrippart qu'à nous se presente.
Agrippart
Vous l'aurez en l'heure presente, Ananyas, c'et bien raison, s'il n'est au temple en oraison, je vous dy, où en la taverne, car croyez que sa bouche yverne l'ung des bons pyons de la ville !
Trotemenu
Je fais ton mal an ord et ville en ta vie de my trouvas. Mais parle de toy, tu t'en vas chascun jour sans payer ton hoste et fault qu'à monseigneur on oste le chapperon, quel applicquant.
Agrippart
Dea, dea, Trotemenu, et quant on se joue à toy tu te fumes.
Trotemenu
Tu sçais bien que jamais ne feusmes en taverne n'en cabaret qu'il n'y ait quelque savouret touchant l'emprunt de l'hoste à toy. Si ce n'estoit que le chastoy que je donne à ung chascun lieu, si doys tu pour moy prier Dieu qu'il me deffende de peril.
Ananyas
Ce caquet la durera il ? Agrippart, qu'esse icy, beau sire ? Tu es tout fol, il le fault dire, contre qui faictes voz actines ?
Agrippart
Trotemenu dict ses matines à trois leçons ; m'entendez vous ?
Tertulus
Et que ne vous avancez vus ? Vous truffez, il est evident !
Agrippart
[157a] Et j'attendz le grant president qui est si sage devenu, je vous dy. A ! Trotemenu, voy le cy.
Trotemenu
Et puis ce suis mon, c'est moy, ce suis je.
Ananyas
Ce sermon a trop duré ; ça, vistement va-t-on faire commandement aux Juïfs du conseil.
Trotemenu
Je y voys.
Ananyas
Où vas tu ?
Tertulus
A ce que je voys, tu es fol ; où veulx tu aller ?
Trotemenu
Au conseil.
Ananyas
quoy faire ?
Trotemenu
Parler.
Tertulus
A qui ?
Trotemenu
Que sçay je ? A eulx trestous !
Ananyas
Et que leur diras tu ?
Trotemenu
Que vous l'avez en ce point commandé.
Ananyas
Va dire qu'ilz sont demandé de nous et que les attendons et par eulx sçavoir pretendons aucune chose qui nous touche.
Trotemenu
Je fais semblant que je n'y touche, mais par Dieu, pour bien oublier ce qu'on me charge et publier ce que on ne m'a point recité. Je ne crains nul de la cité, mais que j'aye beu une foys.
Tertulus
Advance toy.
Trotemenu
Je m'y en voys, Ne veez vous comment je m'agence ?
Agrippart
Croyez qu'il fera dilligence ?
Trotemenu
[157b] Huy ne dis parolle vraye, trop diligent suis.
Agrippart
Voyre, à boyre ; à ce ne fault ja contredire. ***
Agrippe
Festus, je vous viens à Dieu dire et graces de la bonne chere vostre.
Porcius Festus
Sire, je l'ay bien chere : si ainsi petite qu'elle est en nulle maniere vous plaist et à Dieu, messeigneurs trestous. Icy se departent d'ensemble
Trotemenu
Messeigneurs, je viens devers vous dire que Ananyas demande.
Acar
Que luy plaist il ?
Trotemenu
Il le commande par le grant Dieu tout en ce point et qu'il se mette mieulx en point du monde pour venir vers vous.
Avy
Comment ?
Trotemenu
Ilz vous demandent tous pour vous conseiller ung propos, dont il n'aura jamais repos tant qu'il sache que ce sera.
Hamory
S'il me croyt, jamais ne fera, messagier, de telz estourdis comment tu ne sçays que tu dis ; que t'a il dict ? y a il rien ?
Trotemenu
Si vous ne l'entendez si bien que je le dy, pardonnez moy, il vous demande.
Millon
Mais pourquoy ?
Trotemenu
Pour vous demander qu'il vous veult.
Benjamyn, Juif
Puis que au cas advenir ne peult aller y fault, car bien perçoy que ce grant follastre à part soy a oublié la plus grant part du message.
Trotemenu
C'est Agrippart [157c] que ainsi m'a troublé la cervelle. Yray je dire la nouvelle que viendrez ou qu'il vienne à vous ?
Acar
Va luy dire que allons trestous devers luy à son mandement.
Ysac
Seigneurs, est i nouvellement venu qui nous ayt demande ?
Avy
Ananyas nous a mandé que devers luy allons de tire et congnois que son vouloir tire à mettre quelque chose à fin.
Millon
Allons y tous ensemble, affin que puissons expeditïon selon la declaration donner ; faire se doit ainsi.
Benjamyn
J'en suis content.
Acar
Et moy aussi. Partons nous, quant il vous plaira.
Avy
D'y aller ne nous desplaira, en riens ne luy debvons desplaire.
Hamory
Ung chascun de nous doit colplaire à tout ce qu'il veult commander.
Ysac
Puis qu'il luy plaist de nous mander, son commandement ensuyvrons.
Ruben
Cheminez, et nous vous suyvrons, seigneurs, puisque par commissaire le mande, c'est cas necessaire et où il fault tenir la main. Va dire que serons demain au conseil, puis vers luy yrons et son command acomplirons en toute chose prouffitable. ***
Trotemenu
Sire, faictes dresser la table : voicy tout le monde qui vient, et vous dy bien que avoir convient du vin clairet pour Ysac, car j'ay ouy dire à Ysacar qu'il voyt voluntiers du vin blanc.
Ananyas
Viennent ilz ?
Trotemenu
Pour ung petit blanc c'est assez. [157d]
Tertulus
Le dyable t'emporte : où sont ilz ?
Trotemenu
Ilz sont à leur porte, encores les voys avancer. ***
Porcius Festus
Amys, je veulx sans delayer aller d'icy jusques en Judee, car ma personne demandee y est par dessus toute rien.
Le premier escuyer
Sire prevost, vous ferez bien, au chemin vous entretiendrons.
Le second escuyer
Compaignie nous vous tiendrons, tout à l'ayse sans vous lasser.
Agrippe
Messeigneurs, il nous fault passer par Judee ; voicy la porte. Il fault que là je me deporte par la cité quelque petit.
Antipater
Faict soit tout à vostre appetit, que le grant Dieu vostre corps garde.
Blascus
Veez le consul qui vous regarde, de vous veoir venir se resjoye.
Agrippe
Sire consul, Dieu vous doint joye et aux vostres grans et menus.
Le consul de Judee
Sire, bien soyez vous venus et vostre compaignie toute. Je vous pry que chascun se boute à son ayse et passons le temps.
Agrippe
A ce ne serons debatans, chascun repose en son endroitct.
Porcius Festus
Je voy Abel, qui est tout droict à sa porte. Ha ! le bon juif, en Judee n'a autre vif qui le vaille, je vous affie. Abel, pour ce qu'en toy me fie, chez toy vueil estre reposé tant que pour ung cas dispose à moy j'aye ung peu besongné.
Abel
Servy, chery, aymé, songné vous serez à vostre delict.
Porcius Festus
Mettre je m'en voys sur le lict, tant que passera la challeur. [Imp. A, 158a]
Daru
Et n'esse terrible douleur que je ne treuve homme ne femme qu'aye de l'agrever couleur ? Je me morfondz et si m'affame. N'est il quelque meschant infame qui vienne les dieux blasphemer, dont meure à honte et à diffame, sans laisser le maistre affamer ? Homme n'est qui me puist blasmer mon office ne reprocher ! ***
Porcius
Seigneurs, je vous vueil annoncerIl entre en la mort de Festus ma misere, mon mal, ma mort mortelle qui en mon corps mord, ma vie sans diminuer. Je sentz ma vigueur esnuer, je sentz mal que vous dis affin que sachez que je suis à fin, car la douleur qui me tourmente par laquelle je me guemente est telle et ma presse si fort que à mon mal ne voy reconfort. Seigneurs, je prens congé de vous et me recommande à vous tous, car guerre avec vous ne m'aurez.
Le premier escuyer
Et si Dieu plaist, vous garirez, ja ne vous fault desconforter.
Le second escuyer
Festus, vueillez vous conforter et vous vueille bien souvenir qu'on a bien des maulx sans mourir : à ce ne se fault opposer.
Porcius Festus
Laissez moy ung peu reposer sans me dire ne mot ne son. ***
Berith
Je voys recorder la leçon à Festus qui est sur le lict où sans plaisance ne delict attend la mort que Dieu luy donne.
Lucifer
Sus ! que sa place on luy ordonne, affin, quant il sera venu, qu'il n'ayt en nostre retenu dyable, dyablot ne dyabloteaulx qui ne luy tire nerfz et peaulx et me soit festoye à point.
Tous les dyables
ensemble A cela ne fauldrons nous point, son lict est desja appresté. ***
Le patron
Pausa Or retournons l'autre costé, [158b] à la barque il fault despescher.
Mathelot
Il fault ceste corde attacher, c'est l'oeuvre la plus principalle. Siffle chanson comme alyos
Patron
Halle, à Dieu, halle !
Les mathelotz
Halle, à Dieu, halle !
le patron
Et tire !
Les mathelotz
Halle, à Dieu, halle !
Le patron
Bon pain !
Les mathelotz
Halle, à Dieu, halle !
Le patron
Bon pain !
Les mathelotz
Halle, à Dieu, halle !
patron
Bon vent !
Les mathelotz
Halle, à Dieu, halle !
Patron
Attache bien qu'elle ne s'en volle.
Tous
ensemble O molle, polle, polle, polle, sus ! achevons le demourant ! ***
Le premier escuyer Festus
Sus ! au plaisir de Dieu le grant,Il trouve Festus mort Festus, prevost de Cesaree a l'ame rendue en Judee ; voy le cy tout mort trespassé.
Le second escuyer
Sus ! frere, puisqu'il est passé, allons le corps ensevelir et de ses robes revestir pour le porter honnestement en terre solennellement ceste nuyct comme est de coustume en Judee.
Le premier escuyer
A ce que presume, il fault que son corps on embasme.
Berith
Et je voys embasmer son ame de venir en la crapaudiere au parfond de nostre chauldiere. Il faut que chascun s'i amordre.
Abel, juif de Judee
parle à Agrippe. Sire, la mort que fault que morde sur ung chascun fragilité a Festus chez moy alicté jusques à sa mort corporelle, dont je me doy douloir pour elle ; de grant desplaisir me remort.
Agrippe
Porcius Festus est il mort, prevost de Cesaree ?
Abem
Ouÿ.
Agrippe
Je n'en suis gueres resjouÿ, cela vous fais bien à sçavoir.
Le consul
Il en convient ung autre avoir, je n'y voy point d'autre remede.
Agrippe
Sus ! le grant Dieu à tous nous ayde qui de sa grace nous pourvoye ! consul, mettons nous à la voye pour devers Romme cheminer.
le consul
Tous les dieux nous veullent mener en Rommanie tous joyeulx.
Antipater
A Dieu, consul.
Le consul
A dieu, seigneurs qui vous tienne en joye publicque. Icy vont à Romme. ***
Acar
salue Ananyas Prince de la loy judaicque, Dieu vous doint ce que demandez.
Avy
Sire, comme vous le mandez, venons vers vous tres lyement.
Hamory
Oyant vostre commandement, venons tous, Ananyas, sire.
Millon
Avant me veoir par mort occire que faillir à vostre demande !
Ysac
Comme vostre vouloir le mande, venons vers vous pour vous complaire.
Benjamyn
Vostre vueil ne nous doit desplaire, de certain le pouez sçavoir.
Ruben
En ce faisons nostre debvoir et ses seigneurs juifz icy qui desirent de faire ainsi : je le vous jure loyaulment.
Ysmael
Nous sommes au commandement [158d] comme nous y sommes tenus.
Ananyas
Le tresbien soyez vous venus, et vous et eulx, et eulx et tous. Ça, mes bons amys, seez vous et sans aucun autre appeller, selon que me orrez reveller, donnez moy conseil et secours : Symon, croyez que j'auray cours en dueil, dont pourray pis valloir ?
Acar
Prince, dictes vostre vouloir en prince, car il n'y a homme que seur ne soit ; s'il est autre, on me puist occir en vostre presence !
Ananyas
Il est force que vous recence ce que autresfoys avez ouÿ vray, dont ne suis pas resjouÿ que par l'abuse enchanteur enchanté, et le seducteur Paul, com sçavoir debvez appelé tel. Or vous sçavez que touchant l'appellation, nous ayant revellation comme tout clerement le voy, que c'est appel par son renvoy a esté à Romme remis devant cesar à qui a mis. Or au surplus sçavez, amys, que par les grans faultes qu'il treuve et les grans erreurs qu'il contreuve, nous avyons tous sa mort juree. Toute promesse est parjuree et n'est plus en subjectIon nostre. Pour tant, jugez si on doit sur cestuy cas proceder, et comment sans le commander. Dictes en votre oppinion. [p. 356] Johan par la grace de Deu roi d'Engleterre, as arceveskes, as eveskes, as abbez, as contes, as barons, as justises, as forestiers, as viscontes, as prevoz, as ministres, e a toz ses bailliz e ses feels, saluz. Sachiez que nos, par la grace de Deu e pur le sauvement de nostre alme, e de toz nos ancestres, e de noz eirs, e de l'enor de Deu, e le sauvement de seinte iglise, e l'amendement de nostre regne, par le consel de noz enorez peres l'arceveske Estievene de Cantorbire primat de tote Engleterre e cardenal de Rome, e l'arceveske Henri de Diveline, e l'eveske Will. de Londres, l'eveske Pieres de Wincestre, l'eveske Jocelin de Ba, l'eveske Hue de Nichole, l'eveske Gautier de Wirecestre, l'eveske Will. de Cestre, e l'eveske Beneit de Rovecestre, e maistre Pandol sodiacre nostre seignor l'apostoire, e nostre ami frere Aimer maistre de la chevalerie del Temple de Engleterre, e de noz barons Will. le Marescal conte de Penbroc, Will. conte de Salesbires, Will. conte de Warenne, Will. conte Arondel, Alain de Galwehe conestable d'Escoce, Warin le fiz Gerod, Peres le fiz Herebert, Hubert de Borc seneschau de Peitou, Huge de Nuevile, Matheu le fiz Herebert, Thomas Basset, Alain Basset, Philippe d'Aubeigni, Robert de Ropelee, Johan Marescal, e Johan le fiz Hue, e de nos autres feels: [p. 357] (1) Premierement que nos avons otrié a Deu e le confermons par ceste nostre presente chartre, por nos e por noz eirs a toz jorz, que les yglises d'Engleterre seront franches, e aient lor dreitures franches e enterines e plenieres; e volon que eisi seit gardé; la que chose apert par ço que nos otriames par nostre pure volenté e de gré les franchises des ellections que l'en tienent por plus grant e por plus necessaire as yglises de Engleterre, devant que de la descorde fust comencié entre nos e noz barons, e la confermames par nostre chartre, e porchaçames que ele fu confermee par nostre seignor l'apostoire Innocent le tierz; laquele nos garderons e volons que nostre eir la gardent toz jorz en bone fei. Nos avon oncore otrié a toz les frans homes de nostre regne, pur nos e pur noz eirs a toz jorz, totes les franchises qui desoz sunt escrites, qu'il les aient e les tiegnent il e lor eir de nos e de noz eirs. (2) Se acuns de nos contes, vo de noz barons, vo des altres qui tienent de nos en chief par servise de chevalier, mora, e quant il sera morz, e ses eirs sera de plein aage e devra relief, ait son heritage par l'ancien relief, ço est a saveir li eirs ou li eir del conte, de baronie contal entiere por C. livres; li eirs ou li eir del baron, de la baronie por C. livres; li eirs ou li eir de chevalier, de fie de chevalier entier por C. sol. au plus, e qui meins devra meins doinst solon l'anciene costume del fie. (3) Se li eirs d'aucun d'itels sera dedenz aage, e sera en garde, quant il sera parvenu a aage, ait son heritage sanz relief e sanz fin. (4) Les gardeors de la terre de tel heir qui sera dedenz aage, ne pregne de la terre de l'eir fors reignables eissues e reignables costumes e reignables servises, e ce senz destruiement e senz vast des homes e des choses. Et se nos avons livrié la garde de la terre d'aucuni itel a visconte o a acune altre qui nos dei respondre des eissues de la terre, e cil de la garde fera destruiment o gast, nos prendrons de celui amende, e la terre sera livree a deus leals prodes homes de cel fei qui respoignent des eissues a nos, o celui que nos comanderons. Et se nos avons doné o vendu a acunui la garde de la terre de aucun itel, e cil en fra destruiement o wast, perde cele garde, e seit livré a deus leials sages prodes homes e d'icele, qui nos respoignent, si come nos avons devant dit. (5) Et li gardeor tant dis com il avra la garde de cele terre, sostinge les meisons, les viviers, les pars, les estans, les molins, e les altres choses qui apartient a cele terre, de eissues e de cele meimes terre; e rendra a l'heir quant sera parvenuz en plein aage sa terre tote estoree de charues, de granges, solon ço que li tens de la gaignerie requera e les eissues de la terre poront musurablement soffrir reisnablement. (6) Li heir seient marié sanz desparagement eissi ne purquant que ainz que li mariages seit fait, seit mostré al prochains del lignage de cel heir. (7) La veve enpres la mort de son mari maintenant e sanz grevance ait son mariage e son heritage, ne riens ne doinst por son mariage ne por son doaire, ne por son heritage que ele e ses mariz tindrent al jor de la mort del mari, e seit en la maison de son mari puis qu'il sera morz xl. jorz, dedenz les quels jorz li seit ses doaires livrez. [p. 358] (8) Nule veve ne seit destreite de sei marier tant dis come ele voldra vivre sanz mari, essi ne purquant que ele face seurté que ele ne se marira sanz nostre otrei, se ele tient de nos, o senz l'otrei de son seignor de qui ele tient, se ele tient d'autrui. (9) Ne nos ne nostre bailli ne seiseron terre ne rente del dettor por aucune dette, tandis com sis chatels soffisent a paier la dette, ne si plege ne seront destroit, tant dis come le chevetaigne dettor soffira a la dette paier. Et se le chevetaigne detor n'a de quei paier sa dette, respoigne li plege de la dette; e s'il volent, aient les terres e les rentes del dettor jusqu'il aient restorement de la dette qu'il ont devant paiee por lui, se le chevetaigne detor ne monstre qu'il en est quite vers cels pleges. (10) Se acuns a emprunté as Jeus plus o meins, e muert devant qu'il lor ait paie lor avoir, ne croise mie la dette tant dis com li heirs sera dedenz aage; e se cele dette vient en noz mains, nos n'en prendron que le chatel que nos troveron en la chartre. (11) E se aucun muret, e deit dette as Jeus, sa feme ait son doaire, e ne paiet nient de cele dette, e se li enfant qui remaindront del mort sont dedenz aage, pourveu lor seit lor estoveir raisnablement solonc le tenement qui fu del mort, e del remanant seit paiee la dette, sauf le servise des seignors; e en tel maniere seit feit de dettes que l'on deit a altres que a Jues. (12) L'en ne mettra nul escuage ne aie en nostre regne, fors par commun conseil de nostre regne, fors a nostre reimbre, e a nostre ainzne fiz faire chevalier, e a nostre ainznee flle marier une feiz; e a cestes choses ne face l'en aie se raisnable non. En cele maniere seit feit d'aies de la cité de Londres, [13]e estre ço la cité de Londres ait totes ses ancienes costumes, e ses franchises e par mer e par aigue. Nos volons estre ço e otrions que totes les altres citez e li borc, e les viles, e li port aient en totes lor franchises, e lor franches costumes, (14) e aient le commun conseil del regne, de l'aie a asseeir altrement que as treis cas, qui sont devant dit. De l'escuage aseer, ferons somondre les arceveskes, les eveskes, les abbez, les contes, les greignors barons, chascun par sei par nos lettres; e estre ço ferons somondre en commun par noz viscontes e par noz bailliz toz ceus qui de nos tienent en chief, a certain jor, ço est al terme de xl jorz al mains e a certain lieu; e nomerons la cause en totes lettres de ceste somonse. Et quant la somonse sera issi feite voist li afaires avant au jor assigne solon le conseil d'icels qui seront present, ja seit ço que ne seient pas venu tuit cil qui furent somons. (15) Nos n'otrions a nul des ore en avant qu'il pregne aie de ses frans homes fors a son cors raimbre, e a son ainzné fiz faire chevalier, e a sa flle ainznee marier une feiz, e a ço ne seit fait aie se raisnable non. (16) Nuls ne seit destreinz a faire grenor servise de fieu de chevalier o d'altre franc tenement que tant come il tient e deit. (17) Li commun plait ne suient mie nostre cort, mais saient tenu en alcun certain lieu. [p. 359] (18) Les reconussances de novele dessaisine, de mort d'ancestre e de darrain presentement ne seient prises fors en lor contez e ceste maniere: nos o nostre chevetains justisieres se nos sumnes fors del regne, enveierons deus justises par chascun conté par iiii feiz en l'an, qui o quatre des chevaliers de chascun conté esleuz par le conte pregnent el conte, e el jor del conte e en certain lieu les devant dites assises, (19) e se les devant dites assises ne puent estre prises el jor del conté, tant chevaliers e franchement tenanz remaignent de cels qui furent present al conté en icel jor, par quei puisent li jugement estre feit sofisaument, solon so qui li afaire sera plus grant o plus petit. (20) Frans hom ne set amerciez por petit forfait fors solon la maniere del forfait, e por le grant forfait seit amerciez solonc la grandesce del forfait sauf son contenement; e li marcheant ensement sauve sa mar-chandise; li vilains ensement seit amerciez salz son gaagnage, s'il chiet en nostre merci; e nule des devant dites merciz ne sera mise fors par le serement de prodomes e des leaus des visnez. (21) Li conte e li baron ne seient amerciez fors par lor pers, e solonc la maniere del forfait. (22) Nus clers ne seit amerciez de son lai tenement fors solonc la maniere des altres qui devant sunt dit, e nun pas solonc la quantité de sa rente de s'iglise. (23) Ne vile ne home ne seit destreiz a faire ponz a rivieres, fors cil qui ancienement e par dreit les devent faire. (24) Nuls visquens, ne conestables, ne nostre coroneor, ne nostre altre bailli ne tiegnent les plaiz de nostre corone. (25) Chascuns contez, hundrez, wapulzac, e treingues soient as ancienes fermes senz nul croisement, fors noz demeines maniers. (26) Se aucuns qui tient lai fie de nos muert, e nostre visquens o altres nostre bailliz monstre nos lettres overtes de nostre semonse de la dette que li mort nos deveit, leissie a nostre visconte o a nostre bailli atachier e enbrever les chatels del mort qui seront trové el lai fie, a la vaillance d'icele dette que li morz nos deveit par veue de leaus homes, eissi ne purquant que riens ne seit osté jusque nos seit paiee la dette qui sera coneue; e li remanant seit laissié as executors a faire le testament del mort. E s'il ne nos deivent rien, tot li chatel seient otrié al mort, sauves les reignables parties de sa feme e de ses enfanz. (27) Se aucuns frans huem muert senz testament, li chatel seient departi par les mains des prochains parenz e de ses amis par la veue de seinte iglise, sauves les dettes a chascun que le mort lor devoit. (28) Nus de noz conestables ne de noz altres bailliz ne pregne les blez ne les altres chatels d'aucun, se maintenant n'en paie les deniers, o il n'en puet aver respit par volenté del vendeor. (29) Nus conestables ne destreigne nul chevalier a doner deniers por la garde del chastel, s'il la voit faire en sa propre persone u par altre prodome, s'il ne la puet faire por auscune reignable achaisun; e se nos le menons o enveions en ost, il sera quites d'icele garde tant dis cum il sera par nos en l'ost. (30) Nus viscontes ne nostre bailliz ne altre ne pregne les chevals ne [p. 360] les charettes d'aucun franc home por faire cariage, fors par la volenté de cel franc home. (31) Ne nos ne nostre baillie ne prendrons altrui bois a nos chastels o a nos altres ovres faire, fors par volenté de celui cui sera li bois. (32) Nos ne tendrons les terres de cels qui seront convencu de felonie, fors un an e un jor, e adons les rendrons as seignors des fiez. (33) Tot li kidel seient d'ici en avant osté del tot en tot de Tamise e de Medoine, e par tote Engleterre, fors par la costiere de la mer. (34) Li bries qui est apelez 'precipet' des ci en avant ne seit faiz a nul d'aucun tenement, dont frans hoem peust perdre sa cort. (35) Une mesure de vin seit par tot nostre regne, e une mesure de cerveise, e une mesure de ble, ço est li quartiers de Londres, e une leise de dras teinz e de rosez e de habergiez, ço est deus aunes dedenz listes; e des peis seit ensement come des musures. (36) Riens ne seit doné ne pris des ci en avant por le brief del enqueste de vie o de membres, de aucun, mais seit otree en pardon e ne seit escondit. (37) Se aucuns tient de nos par feuferme o par sokage, e tient terre d'altrui par servise de chevalier, nos n'avrons mie la garde de l'heir, ne de sa terre qui est d'altrui fie par achaison de cele feuferme, o del sokage, o del burgage; ne n'avrons la garde de cele feuferme, o del socage, o del borgage, se cele feuferme ne deit servise de chevalier. Nos n'avrons la garde de l'heir ne de la terre d'alcun, que il tient d'altrui par servise de chevalier, par achaison d'aucune petite serjanterie, qu'il tient de nos par servise de rendre saettes, o cotelz, o tels choses. (38) Nuls bailliz ne mette des ci en avant alcun a lei par sa simple parole, fors par bons tesmoinz amenez a ice. (39) Nuls frans hom ne sera pris, ne emprisonez, ne dessaisiz, ne ullagiez, ne eissilliez, ne destruiz en aucune maniere, ne sor lui n'irons ne n'enveierons, fors par leal jugement de ses pers, o par la lei de la terre. (40) A nulli ne vendrons, a nullui n'escondirons, ne ne porloignerons dreit ne justise. (41) Tuit li marchant aient sauf e seur eissir d'Engleterre, e venir en Engleterre e demorer, e aler par Engleterre par terre e par eve a vendre e a achater, sanz totes males totes par les ancienes dreites costumes, fors el tens de guerre, cil ki sunt de la terre qui nos guerroie; e se tel sunt trové en nostre terre el comencement de la guerre, soient atachié sanz domage de lor cors e de lor choses jusqu'il seit seu de nos o de nostre chevetein justisier coment li marcheant de la nostre terre seront traitié, qui donc seront trové en la terre qui contre nos guerroie; e se li nostre sunt ilueke sauf, seient li lor sauf en la nostre terre. (42) Leise chascun des ci en avant eissir de nostre regne e repairier sauf e seur par terre e par eve sauve nostre fei, fors el tens de guerre par alcun petit tens por preu del regne; mais d'iço sunt jetté fors li emprisoné, e li utlagié solon la lei del regne, e la gent ki contre nos guerroie. Des marcheanz seit feit si come nos avon devant dit. (43) Se aucuns tient d'aucune eschaette si come de l'honor de Walingeford, Notingeham, Boloigne, Lancastre, u d'autres echaetes qui sunt en nostre main, e sunt de baronie, e il muert, ses heirs ne doinst altre relief, ne face a nos altre servise qu'il feist al baron, se cele baronie fust en main del baron; e nos la tendrons en tele maniere que le baron la tint. [p. 361] (44) Li home qui maignent fors de la forest ne viegnent de ci en avant devant noz justises de la forest par communes somonses, s'il ne sont en plait u plege de aucun ou d'aucuns qui seient atachié por la forest. (45) Nos ne frons viscontes, justises, ne bailliz, fors de tels qui sachent la lei de la terre e la voillent bien garder. (46) Tuit cil qui fonderent abbeies dont il ont chartres des reis d'Engleterre, o anciene tenue, aient en la garde quant eles seront voides, si com il avoir devent. (47) Totes les forez qui sunt aforestees en nostre tens, seient maintenant desaforestees, e ensement seit feit des riveres qui en nostre tens sunt par nos mises en defens. (48) Totes les males costumes des forez e des warennes, e des forestiers e des warenniers, des viscontes e de lor ministres, des rivieres e de lor gardes, seient maintenant enquises en chascun conté par xii chevaliers jurez de meimes le conté, qui devent estre esleu par prodeshomes de meismes le conté; e dedenz xl jorz apres ço qu'il avront feite l'enqueste, seient del tot en tot ostees par cels meismes, si que james ne saient rapelees; eissi ne purquant que nos le sachons avant, o nostre justise, se nos ne sumes en Engleterre. (49) Nos rendrons maintenant toz les hostages e totes les chartres, qui nos furent livrees des Engleis en seurté de pais o de feel servise. (50) Nous osteron de tot en tot des baillies les parenz Girard d'Aties, si que des ci en avant n'avront nule baillie en Engleterre, e Engelart de Cigoigni, Peron, Guion, Andreu de Chanceas, Gion de Cigoigni, Gifrai de Martigni e ses freres, Phelippe Marc e ses freres, Gefrai son nevo, e tote lor siute; (51) e maintenant empres le reformement de la pais osterons de nostre regne toz les estranges chevaliers, aubelastiers, serjanz, soldeiers, qu'o chevals e o armes vindrent al nuisement del regne. (52) Se alcuns est dessaisiz o esloigniez par nos senz leal jugement de ses pers, de terres, de chastels, de franchises, o de sa dreiture, maintenant li rendrons; e se plaiz en comencera d'iço, a donc en seit fait par juge-ment des xxv barons, dont l'en parole desoz en la seurte de la pais. De totes iceles choses dont alcuns fu dessaisiz o elloigniez senz leal jugement de ses pers par le rei Henri nostre pere, o par le rei Richart nostre frere, que avons en nostre main, o altre tienent cui il nos covient garantir, avrons respit jusqu'al commun terme des croisiez, fors que celes choses dont plaiz fu comenciez o enqueste faite par nostre comandement devant que nos preissons la croiz; et se nos repairons de nostre pelerinage, o par aventure remanons del pelerinage, maintenaunt en frons pleine dreiture. (53) Cest meimes respit avrons e en ceste maniere de dreiture faire des forez desaforester, o que remaignent forez, que li reis Henri nostre peres, o li reis Richart nostre freres aforesterent, e des gardes des terres qui sunt d'altrui fie, que nos avons eues jusque ci par achaison de fie que alcuns teneit de nos par servise de chevalier, e des abbeies que furent fondees en altrui fie que el nostre, es quels li sires del fie di qu'il a droiture; e quant nos seron repairie de nostre pelerinage, o se nos remanons, nos en frons maintenant pleine dreiture a cels qui s'en plaindront. (54) Nuls ne seit pris ne enprisonez por apel de feme de la mort d'altrui que de sun marri. [p. 362] (55) Totes les fins e toz le amerciemenz qui sont feit vers nos a tort e contre la lei de la terre, soient tot pardoné, o l'en enface par jugement des xxv barons dont l'en parole desoz, o par le jugement de la greignor partie de cels ensemble, o le devant dit arcevesque Stefne de Cantorbere s'il i puet estre e cels qu'il vodra apeler od sei. E s'il n'i pora estre, neientmeint ne voist li afaires avant senz lui, en tel maniere que se alcuns o alcun des devant diz xxv barons seront en tel querele, seient osté de cest jugement, e altre esleu e juré seient mis a ço faire en lieu de cels par le remanant des devant diz xxv barons. (56) Se nos avons dessaisiz e esloigniez les Walais de terres o de franchises o d'altres choses senz leal jugement de lor pers en Engleterre o en Wales, maintenant lor seient rendues; e se plaiz en sera comenciez, se lor en seit fait en la Marche par jugement de lor peres, des tenemenz d'Engleterre solonc la lei d'Engleterre, des tenemenz de Wales solonc la lei de Wales, des tenemenz de la Marche solonc la lei de la Marche, e ço meismes facent li Walais a nos e as noz. (57) De totes celes choses dont alcuns des Walais fu dessaisiz o esloignié senz leal jugement de ses pers par le rei Henri nostre pere, o par le rei Richart nostre frere, que nos avons en nostre main, o altre tienent cui il nos covient garantir, avrons respit jusqu'al commun terme des croisiez, fors de celes choses dont plait fu comenciez o enqueste faite par nostre comandement devant que nous preissons la croiz; e quant nos serons repairiez o se par aventure remanons de nostre pelerinage, maintenant lor en frons pleine dreiture solonc les lez de Wales e les devant dites parties. (58) Nous rendrons le fil Lewelin maintenant, e toz les hostages de Wales, e les chartres que l'en nos livra en seurté de pais. (59) Nos ferons a Alisandre le rei d'Ecoce de ses serors e de ses hostages rendre, e de ses franchises, e de sa dreiture solonc la forme que nos frons a nos altres barons d'Engleterre, se altrement ne deit estre par les chartres que nos avons de son pere Willaume, qui fu jadis reis d'Escoce; e ço sera fait par jugement de ses pers en nostre cort. (6o) Totes ces costumes devant dites e les franchises que nos avons otriees a tenir en nostre regne quant a nos apartient envers les noz, tuit cil de nostre regne, e clerc e lai, devent garder quant a eus apartient envers les lor. (61) Et car nos avons otriees totes les choses devant dites por Deu, e por amendement de nostre regne, e por mielz apaisier la descorde qui est comencié entre nos e nos barons, nos, voelliant que ces choses seent fermes e estables a toz jorzs, faisons e otrions a nos barons la seurté desoz escrite; ço est que li baron eslisent xxv barons del regne tels qu'il vodront, qui dient de tot lor poer garder, e tenir, e faire garder, la pais e les franchises que nos avons otriees e confermees par ceste nostre presente chartre; eissi ço est a saver que se nos, o nostre justise, o notre bailli, o aucuns de noz ministres mesfaisons en alcune chose vers alcun, o trespassons en alcun point de la pais o de la seurté, e nostre mesfaiz sera mostrez a quatre barons des devant dit xxv, cil quatre baron viegnent a nos, o a nostre justise, se nos sumes fors del regne, e nos mostrent nostre trespassement, e requierent que nos faceins amender cel trespassemen [p. 363] senz porloignement; e se nos n'amendrons le trespassement, o se nos sumes fors del regne, nostre justise ne l'amendera, devant xl jorz empres ço que il sera mostré a nos, o a nostre justice se nous sumes fors de la terre; adonc li devant dit quatre reportent cele cause as altres de cels xxv barons,e adonc cil xxv baron a la commune de tote Engleterre nos destreindront e greveront en totes le manieres que il poront, ço est par prendre chastels e terres e possessions, e en queles altres manieres qu'il poront, jusqu'il seit amendé solonc lor jugement, sauve nostre persone e de nostre reine, e de noz enfanz; e quant il sera amendé il atendront a nos eissi come devant. Et qui vodra de la terre jurt que a totes les devant dites choses parsivir, il obeira al comandement des devant diz xxv barons, e qu'il nos grevera ensemble o els a son poer; e nos donons comunement e franchement congié de jurer a chascun qui jurer vodra, e ja ne le defendrons a neis un; e toz cels de la terre qui de lor bon gré voldront jurer as xxv barons de destreindre e de grever nos, nos les frons jurer o els par nostre comandement, si com devant est dit. Et se alcuns des xxv barons morra, o partira de la terre, o serra des-torbez en aucune maniere qu'il ne puist les choses qui sunt devant dites parsivir, cil qui seront remés des devant dit xxv barons eslisent un altre en lieu de celui solonc lor esgart, que jurera en tel manere com li altre ont fait. Et en totes les choses que li xxv baron devent parsivir, se par aventure cil xxv seront present, e descorderont entre els d'aucune chose, o aucun de cels qui seront somons ne vodront o ne porront estre present, seit ferm e certain ço que la greignor partie de cels qui seront present porverra o recevra ensement com se tuit i aveient consenti. Et li devant dit xxv baron jurent que totes les choses qui sunt devant dites, qu'il garderont feelement e feront garder de tot lor poer. Et nos ne porchacerons d'alcun, par nos ne par altrui, rien par quei alcuns de ces otreiemenz o de cestes franchises seit rapelez o amenusiez, e se alcune tel chose sera porchacie, seit cassee e veine, e ja n'en userons par nos ne par altrui. (62) Et totes males volentez, desdeigz, rancors, qui sont nees entre nos e noz homes clers e lais, deske la descorde comença, avom plainement relaissiees e pardonees a toz, e estre ço toz les trespassemenz qui sunt fait par achaison d'iceste descorde des la Pasche en la sezain de nostre regne jusqu'al reformement de la pais, avom plainement relaissié a toz clers e a lais, e quant a nos aportient lor avom plainement pardoné e otrié; d'iço lor avom fait faire lettres de tesmoig overtes de seignor Stefne l'arceveske de Cantorbire, de seignor Henri l'archeveske de Diveline, e des devant diz evesques e de maistre Pandolf, sor ceste seurté e cez otreiemenz. (63) Por la que chose nos volons e comandons fermement que l'eglise d'Engleterre seit franche, e que li home en nostre regne aient e tiegnent totes les devant dites franchises, e les dreitures, e les otriemenz bien e en pais franchement e quitement, plainement e entierement, a els e lor heirs, en totes choses e en toz leus, a toz jorz si com devant est dit. Et si fu juré de nostre part, e de la part des barons que totes ces choses qui desus sunt escrites seront gardees a bone fei sanz mal engin. Tesmoig en sont cil qui sunt devant dit, e mult altre. Ceste chartre [p. 364] fu donee el pre qui est apelez Roueninkmede entre Windesores e Stanes, le quinzain jor de Juig l'an de nostre regne dis e septain. Or advint que, empres l’acomplissement du livre intitule comme dit est du Pelerinage du Pauvre Pelerin, tout ainsi se dire se peut que saint Pol l’appostre portoit en son cuer le doulx nom de Jesus, tout ainsi par aucune comparacion, non pas pareille, le Pauvre Pelerin selon sa capacite par vraye amour et doulz memoyre portoit en son cuer le Blanc Faucon ; c’est assavoir son corps, son ame, tout son estat, son bien, son mal ; et souverainement lui venoient au devant les tres grans biens qui par lui ponoyent advenir au royaume de Gaule, et par consequant a toute la crestiente, lesquelx biens aussi comme sans intermission en sa consideration lui estoient representez. ex. capacite, intitule, crestiente Ça Ç a